Idées reçues sur les « Services manuscrits » des grandes maisons.

gilles-cohen-solal-comite-lecture-passe-lit-L-8wgUp9Il y a un monde entre vouloir écrire et savoir écrire.

Avant de savoir, il faut lire. Beaucoup. Il faut s’émerveiller devant le travail de ceux qui savent, être humble, il ne faut pas écouter nos parents s’extasier devant notre plume qui n’a pas beaucoup évoluée depuis le CM2, mais qui ne pourront jamais avoir le courage de nous le dire.

Le dire, c’est le boulot des comités de lecture. Et personnellement, je n’aimerais pas être à leur place. Comme des chercheurs d’or, ils fouillent, ils mettent les mains dans la merde et brassent des tonnes de cailloux dans l’espoir de dénicher une pépite. J’ai lu beaucoup que les grandes maisons d’édition étaient impitoyables, arrogantes, méprisantes et qu’elles ne misent que sur les talents déjà bien connus. Prise de risque = 0

Je l’ai tellement lu que je n’osais pas. Peur du retour assassin. Peur de n’être même pas lue, comme on le dit souvent. Peur de dépenser une fortune en impression de manuscrits, en envois, pour une réponse hypothétique et forcément ignoble. De réponse ignoble (sur une vingtaine d’envois), je n’en ai reçu qu’une. Comme tout le monde, on sait d’où elle vient, ils sont spécialistes dans le genre et j’en parle ici.

J’ai donc envoyé « mon oeuvre » à ces grandes maisons, la trouille au ventre. Et des réponses, j’en ai eu. La plupart très courtoises, certaines même tout à fait élégantes. Il est nécessaire, je crois, de remettre l’église au centre du village, et reconnaitre que des merdes, ils doivent en recevoir, et par paquets!

C’est ça la vie d’un orpailleur des mots. Oui, leur boulot est de lire. Mais, nul besoin de bosser au service du manuscrit pour savoir que quand on s’emmerde, ou quand on est à deux doigts de pouffer tant le truc est du niveau d’une poésie de fête des Mères, ben… on se force un peu, on lit quelques pages, et on met ça à la benne.

Nous avons tous assisté, hilares, aux castings de « Nouvelle star ». Florilèges de passionnés qui y croient dur comme fer: dans leur village, ils sont des stars! Et on assiste au numéro pathétique d’un papy qui fait des pompes (vachement mieux que moi, c’est sûr, mais ce ne sont que des pompes), aux outrages d’une diva habillée en Lolo Ferrari s’embarquant et embarquant tous ses passagers dans un « All by my self » qui non seulement ne décolle pas, mais déraille dangereusement, à une troupe de majorettes reconverties en danseuses de flamenco, olé! Tout ça, on l’a vu et on s’est bien foutu de leurs gueules.

Nous sommes les « Nouvelles stars » nous présentant devant des pros. On ne peut pas faire illusion. Ça passe ou ça casse. Et si nous ajoutons des cailloux à leur tamis déjà bien lourd, il serait bien inconvenant d’exiger de la délicatesse. Bien sûr qu’il n’ont pas lu en entier. Faut pas déconner non plus! Pas besoin, ils savent.

Croyez-moi, c’est leur boulot.

Si pépite il y a, ils ne vont pas laisser filer vers l’orpailleur plus bas dans la rivière. Après, la pépite, elle est plus ou moins belle, plus ou moins grosse. C’est là qu’intervient l’élégance. Quand on est une belle petite pépite, mais pas assez grosse pour rivaliser avec leur collection, on a de jolies réponses. Je vous l’assure.

J’en ai reçu de très belles que je garderai précieusement, tant elles m’ont encouragée à continuer, tant elles m’ont prouvé qu’il faut être sacrément passionné pour faire ce métier-là (le leur hein! Le nôtre aussi, c’est vrai…).

Aux Maisons suivantes, et je ne parle ici que des grandes (les petites méritent qu’on en parle à part, et je dévoilerai alors le nom de celle avec laquelle je vais signer prochainement…), je dis merci. Votre élégance vous honore. Il n’y a pas de podiums pour les noms que je vais citer. Chacun, à sa manière, à réussi à me dire non et j’ai souri quand même. Parce que c’était beau et que ça sonnait vrai.

Merci à:

Grasset et à cette dame qui m’a envoyé une carte de visite avec quelques mots très agréables, et m’a retourné mon manuscrit alors que je n’avais pas envoyé d’enveloppe pour le retour.

Héloïse d’Ormesson: échanges de messages, excuses de leur part pour le retour tardif dû à des problèmes internes. Puis mail expliquant le « pourquoi non », mais reconnaissant la valeur de mon travail. Bravo!

Sabine Wespieser, courrier très classe m’informant que mon manuscrit va être lu et que j’aurai une réponse dans un mois. Ça, je ne l’avais encore jamais vu.

Fayard: Après mon envoi par la poste, quelques échanges, quelques retards dans les retours promis, quelques lourdeurs de ma part et donc quelques excuses sur ma capacité à être pénible. En retour: mille excuses de cette responsable qui est tout simplement débordée et n’a pas fini la lecture. Merci à elle!

Et d’autres réponses bien sûr. Cordiales, polies, rien à redire.

Il me semblait donc nécessaire de rappeler qu’il ne faut pas dégueuler allègrement dans la main par laquelle nous rêvons d’être signés. Non?

4 réflexions sur “Idées reçues sur les « Services manuscrits » des grandes maisons.

  1. J’ai aussi reçu des réponses standard (« votre travail ne correspond pas à notre ligne éditoriale ») mais je me souviens d’un éditeur belge (liégeois, mais je ne sais plus qui) qui m’avait répondu plus ou moins la même chose (et il avait raison, j’avais terriblement mal ciblé!) mais avait « pris la liberté d’envoyer mon manuscrit à un autre éditeur mieux adapté ». J’avais trouvé ça tellement… à la fois intelligent et généreux!

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