Publier un premier roman. Arghhhh ma pauvre…pas facile.

testuunevedettew C’est sûr, pas facile. Mais partant de ce postulat, on ne devrait donc faire que des trucs faciles ?
En vrac, cessons donc de:
 Faire des enfants. Accouchement, pas facile. Transmettre les valeurs fondamentales qui feront de l’enfant un humain heureux et fréquentable, pas facile.
 Bosser. Se vendre à un DRH, jouer des coudes, se démarquer, décrocher le job et s’y rendre tous les matins la fleur aux dents, performer, pas facile.
 Vivre à deux. Ne pas se laisser embarquer par le premier vendeur de rêves, faire le bon choix, ne pas trop écouter ses hormones, rester soi-même, ne pas pourrir la vie de l’autre (valable dans les deux sens). Pas facile.
Se lever le matin. Jamais facile.
Cuisiner. Choisir de bons produits, éplucher, pleurer au dessus des oignons, assembler, surveiller, humer, laisser mijoter. Pas facile.
Aimer. Normalement, ça va avec « vivre à deux ». Risquer d’y laisser sa peau et tout ce qu’il y a dessous. Pas facile.
Faire du sport. Bouger, courir, transpirer, avoir des courbatures, et puis recommencer. C’est sans fin et c’est pas facile.
Nettoyer, ranger son bordel et parfois même celui des autres. Répétitif et sans aucun autre intérêt que de poser son regard sur un environnement harmonieux. Pas facile du tout et même très chiant.
Mourir. Pas facile.

Je pourrais poursuivre l’inventaire à l’infini ou décrire les bases d’une vie facile.

Ça donnerait à peu près ça:

Ne se lever que lorsque les premiers escarres s’installent sur les fesses.

Chercher dans la vaisselle dégueulasse empilée dans l’évier crasseux de quoi faire réchauffer une boite de William Saurin.

Vivre seul, peinard, sans témoin.

Travailler? Y’en a qui aiment, laissons-leur laisse la place.

Ne pas faire d’enfant(s), normalement si vous suivez tout bien à lettre, personne n’aura envie de vous en faire.

Se vautrer devant « Confessions intimes » et se dire qu’il y a pire. N’aimer personne, ou alors pas trop.

Et mourir. Ça arrivera quand même, et ça sera pas facile.

Alors, si on pouvait arrêter de me briser menu les ovaires avec « halala, publier un premier roman, pas facile, tu sais… » !
Je sais.
Et donc? Des suggestions? Non?

Alors, laissez-moi au moins rêver. C’est facile ça.

On balance sur les éditeurs à compte d’auteur!

198236_fuck-you_-ruki_1920x1080_(www.GdeFon.ru)Juste un petit rappel avant de lire ce qui va suivre. 

À tous les auteurs persuadés de détenir une plume unique, cessez de soumettre vos écrits à maman, papa, tonton, et autres adorables amis. Ils vous aiment, ils ne vont pas vous dire que vous avez écrit de la merde. Et en plus, ça n’est pas leur métier, donc parfois, ils peuvent même être sincères.

Cessez de les soumettre en désespoir de cause à ces arnaqueurs de bas étages, qui publieraient sans même lire, une copie de Monsieur Hugo à condition que l’auteur paye. Ne riez pas, une cousine a fait le test, ça marche.

Donc, ce soir, gavée de cet ignoble business qui n’a rien à voir avec l’amour des mots, je balance. Tout. Qu’ils assument.

Petit récap’(et ce n’est qu’un échantillon) des arnaques à comptes d’auteur).
Je ne peux pas coller ici les contrats tous aussi croustillants les uns que les autres, mais sachez que le prix de l’égo satisfait s’étale de 2000 à 4000 balles. J’ai décidé de balancer les noms, les adresses, tout.
Au risque de me répéter, si vous avez un talent d’auteur, un éditeur le verra, un jour ou l’autre. Sinon, vous paierez pour tenir dans vos mains votre bébé et vous tannerez vos proches, qui n’en peuvent plus de vos délires, à acheter. C’est simple mais ça fonctionne.

On y va? C’est parti !

Chère Madame,

J’ai le plaisir de vous informer que votre roman xxxxxxxx a retenu favorablement notre attention.

Nous envisageons de le publier sous la forme d’un livre imprimé d’environ 280 pages, au format international de 148 x 210 mm à la française.

Un infographiste professionnel composera la maquette de votre livre et l’illustration en couleur de sa couverture, en concertation avec vous.

Après parution, votre livre bénéficiera d’un référencement complet auprès des libraires, sur notre site Internet et sur ceux des librairies en ligne.

Notre service de communication organisera une promotion active auprès d’une sélection de journalistes et de libraires, afin de susciter des articles ou interviews et des commandes. Il vous proposera également, si vous le souhaitez, de dédicacer votre livre en librairie et de participer à sa présentation lors de différentes manifestations littéraires.

La distribution en librairie de votre ouvrage imprimé sera assurée par le groupe Hachette Livre, au prix de vente public de 21,40 €, dont 1,12 € de TVA au taux de 5,50%.

Nous vous reverserons 23% du prix de vente hors taxes sur les 3000 premières ventes, soit 4,67 €, puis 28% sur les suivantes, soit 5,68 €.

Attentifs aux évolutions du marché, nous proposons en complément une publication sous forme de livre électronique (e-book). Il s’agit d’une option facultative, moyennant un supplément de 115 €. Si vous y souscrivez, votre livre sera également disponible en téléchargement payant sur internet. Le prix de vente de l’E-book est de 10,99 €. Nous reversons sur les ventes d’e-books 23% du prix de vente hors taxes.

Le projet de contrat dont copie attachée au présent message vous informera plus en détail sur notre offre. Au besoin, nous pouvons naturellement vous l’adresser aussi par voie postale.

Nous recevons, comme tous les éditeurs, de très nombreux manuscrits. Certains d’entre eux, comme le vôtre, méritent d’être publiés. Une promotion sérieuse, et donc un budget de communication, sont indispensables pour leur donner de réelles chances de succès. Une participation des auteurs à ce coût est donc nécessaire.

Pour la publication de votre ouvrage, le montant de cette participation est de 3075 €. Vous pourrez régler cette somme en quatre échéances. Il est également possible de prévoir un étalement mensuel (10 mensualités au maximum).

Il convient naturellement de mesurer le risque, inhérent à toute publication, que constitue pour vous cette participation.

D’autres modalités de publication sont envisageables.

–          Publication locale, avec promotion ciblée géographiquement et référencements Internet ;
–          Publication simple, sans promotion par nos soins mais avec référencements Internet : votre livre est disponible sur commande chez les libraires ainsi qu’en ligne. Dans ce cas vous réalisez vous-même la prospection commerciale.
–          Fabrication seule, avec impression et livraison à votre domicile de la quantité d’exemplaires souhaitée. Dans ce cas vous distribuez vous-même votre livre dans votre entourage.

Ces différentes formules réduisent le montant à votre charge. Toutes nos publications sont composées et imprimées avec la même qualité. Pour toutes les formules sauf celle en fabrication seule, les impressions et réimpressions de votre livre sont à notre charge sans limite de tirage.

Si la présente offre ne correspond pas exactement à votre attente, n’hésitez pas à nous contacter pour examiner ensemble les alternatives possibles.

À votre écoute pour tout échange utile à une réalisation satisfaisante de ce projet,

Je vous prie de croire, Chère Madame, en l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Marie-José Muller
Éditrice


Chère Madame,

Suite à votre lettre et après étude, je vous confirme que notre Comité de Lecture a retenu votre manuscrit intitulé “xxxxxx”.

Nous envisageons d’éditer un ouvrage de 270 pages, au format standard 15 x 21 cm.

Dans le cadre de l’édition de cet ouvrage, nous mettons à votre charge un montant forfaitaire de 1.860 euros, payable en 3 fois. Cette somme couvre entre autres :

  • La correction du livre (orthographiques et typographiques) par un professionnel
  • L’illustration de la couverture par un professionnel
  • Un suivi éditorial avec notre éditrice

En outre, un tirage de 500 exemplaires sera proposé à la vente. Les retirages en fonction de la demande effective sont pris en charge.

Nous fixons à 19,95 euros le prix de vente public. Nous nous chargeons d’organiser la promotion, de centraliser les commandes et de référencer le titre en librairies au niveau national. Le livre sera vendu en numérique sur Ibookstore, Fnac, Amazon, Google,…

Dans ce cadre, nous vous reverserons 20% des sommes effectivement facturées et encaissées par la Société des Écrivains.

Vous trouverez ci-joint votre contrat en double exemplaire. Pour valoir acceptation de votre part, un exemplaire daté et signé devra nous être adressé par retour en apposant votre signature sur les 5 pages de votre contrat, accompagné de vos règlements libellés à l’ordre de la Société des Écrivains.

Toutefois et au préalable, je vous propose de nous contacter par téléphone ou bien de convenir d’un rendez-vous à Paris, selon votre convenance.

Dans cette attente, veuillez croire, Chère Madame, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Olivier Petot
Directeur de Publication
olivier@societedesecrivains.com
01 77 48 60 78


Madame,

Tout d’abord merci de votre confiance par l’envoi de votre ouvrage  auquel nous allons apporter une attention toute particulière.

La société des écrivains est  une maison d’édition participative, faisant partie du Groupe Le Petit Futé et Publibook, qui a pour vocation de découvrir de nouveaux auteurs. De les accompagner tout au long de la publication de leur ouvrage par un service personnalisé et de qualité.

Nous offrons à nos auteurs un vrai travail d’éditeur : correction du texte, illustration de la couverture et maquette du livre entre autres. La première étape étant l’acceptation de l’ouvrage par notre Comité de Lecture. Je transmets donc votre ouvrage à ce dernier, et je me permettrai de vous recontacter dès avis rendu sous 4 semaines. Durant cette attente, vous pouvez consulter notre site internet et suivre notre actualité sur http://www.societedesecrivains.com.

Si notre avis est positif, vous recevrez une proposition de contrat en double exemplaires précisant les modalités de notre collaboration, aussi bien en matière d’édition que de promotion et de diffusion. Suivant le potentiel commercial de l’ouvrage, un contrat à compte d’auteur ou d’éditeur vous sera proposé, libre ensuite à vous de l’accepter ou le refuser.

La maison d’édition prend en charge le dépôt légal auprès de la Bibliothèque Nationale de France (B.N.F.), les frais d’impression et de retirage, de diffusion et de distribution, les frais d’envoi des ouvrages auprès des libraires dépositaires et des sites internet partenaires. Nos publications bénéficient d’une distribution nationale en librairie, en pays francophones, auprès de la Fnac, du référencement sur Amazon.fr, sur Google Books, entre autres.

L’auteur, quant à lui, prend en charge le coût de réalisation de la maquette en cas de contrat à compte d’auteur. En ce qui concerne le coût de maquette à votre charge, ce dernier dépend du nombre de signes, du format définitif de l’ouvrage ainsi que du nombre de corrections et des travaux envisagés par notre comité de lecture.

Si notre avis est négatif, nous vous en préciserons la raison. Dans le cas d’un envoi papier ou CD, nous vous le renverrons sur simple demande de votre part.

Nous restons à votre entière disposition pour tout renseignement complémentaire.

Dans cette attente, nous vous prions de croire, Madame, en l’assurance de nos sentiments les meilleurs.

Sandrine Ramos
Chargée de Relations Auteurs
sandrine@societedesecrivains.com
01 53 69 65 33


Et le meilleur pour la fin:

Bonjour Monsieur, (on voit à quel point ils sont attentifs, le contrat est établi au nom de Monsieur C.Luisin, mon nom de jeune fille de quand je devais être encore un homme…)

Suite à l’acceptation de votre manuscrit par notre comité de lecture, je vous fais parvenir nos modalités d’édition.
Cordiales salutations,
Eric DAVEUX
Directeur De : Amjèle Editions
Directeur associé : Editions Du Bailli De Suffren
Président : FANAL
Mobile : +33(0)7 81 05 07 61
Tél  : +33(0)4 93 97 40 00
Fax : +33(0)4 93 97 40 97
http://www.editions-de-suffren.com
http://site.amjele-editions.fr/

Là, j’avoue, j’ai craqué:

Bonjour,

Je trouve vos tarifs particulièrement bas. Quand certains de vos homologues proposent la même arnaque pour 4000 euros, vous vous bradez à 2300 euros. Est-ce bien raisonnable?
Quoi qu’il en soit, je vous remercie pour votre générosité, mais je vais signer un contrat à compte d’éditeur (avec un véritable éditeur donc).
Bonne continuation,

Et il a craqué plus fort que moi:

Bonjour,

Voilà deux informations qui me comblent de joie. 1) Je suis moins cher que mes homologues. 2) Vous allez signer avec un véritable éditeur. Je vous souhaite longue et heureuse vie dans le monde littéraire. N’oubliez pas de revenir vers moi à la parution de votre ouvrage pour que je m’en procure un exemplaire. De toute façon, je lirai probablement votre succès story dans les médias.
Bien à vous

Eric DAVEUX
Directeur : Amjèle Editions
Directeur associé : Editions Du Bailli De Suffren
Président : FANAL
Mobile : +33(0)7 81 05 07 61
Tél  : +33(0)4 93 97 40 00
Fax : +33(0)4 93 97 40 97
http://www.editions-de-suffren.com

Comme une petite musique qui glisse sur un roman

Imaginez-vous Rocky sans son famous « eye of the tiger »? Rocky, c’est pas ma came mais n’empêche, si on me dit « Rocky », j’entends la musique. 96637772Donc voilà. Je terminais l’écriture douloureuse de mon roman, je pensais en avoir fini et laisser reposer un peu mon jus de crâne… avant que quelques amis bien disposés à m’agiter encore un peu la pulpe fassent germer une idée FOR-MI-DABLE !! Pourquoi les romans n’auraient pas eux aussi leur BO? Faut dire, je suis bien entourée. Et quand une idée germe, elle a droit aux bons soins de jardiniers de compet’. C’est comme ça qu’une idée farfelue est devenue un concept qui a un nom: RomanSong.   Et c’est comme ça qu’on a essuyé les plâtres avec la BO de La moitié de l’homme en noir. Le roman n’a pas encore trouvé son éditeur, mais il ferait bien de se pointer parce que question package, on ne peut guère faire mieux.

Point G

660

Extrait – Le gazon des fous –

A paraitre chez… ?

 

 

 

 

« Tu n’as rien à envier à Constance. C’est une hypertrophiée de la séduction et toi, une atrophiée des bras, comme s’ils s’étaient rétractés pour ne plus jamais enlacer. Tu devrais les libérer un peu, leur donner de l’air… »
« Sur une paroi lisse, les bras – même bien déployés – ça glisse Gaspard. »

 

Il m’a raccompagnée à ma chambre, il n’a même pas été lourd, c’était presque vexant. J’ai dû insister pour qu’il vienne vider mon mini bar.
Ça m’a pris une nuit pour le percer à jour. On refait toujours l’histoire quand on est bourré. On devient émotif et on a besoin d’une oreille complice, de deux sourcils en face qui souffrent au rythme des confidences, d’une main qui se pose sur le bras et incite à parler encore.

Il n’a fallu qu’une nuit pour que je découvre le vrai Gaspard, fils de deux vieux hippies, utopistes et amoureux de la nature, deux êtres qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Il aurait aimé avoir des parents comme les miens, j’aurais rêvé d’avoir les siens. C’était bien la première fois qu’un mec me séduisait en me parlant de sa famille.
Il avait tiré la bonne pioche. Je ne voulais pas d’amoureux mais je recueillais volontiers les clébards mal barrés.
Je crois que cette nuit-là, il a oublié Constance. Moi, en tout cas, j’étais fille unique.

J’aurais préféré qu’il considère ces quelques heures de rien du tout comme un accident de beuverie. Mais il a posé une main sur ma nuque, m’a embrassé la bouche sans se précipiter, et s’est retourné en quittant ma chambre au petit matin. En croisant dans le miroir deux yeux barbouillés de Rimmel sur un visage chiffonné, une urgence s’est imposée: plonger le tout dans l’eau très chaude. Mon corps flottait dans la grande baignoire, vidé de mon esprit qui avait chopé les courants ascendants des volutes de vapeur et planait vers le lit-champ-de-bataille, revenait se coller au carrelage, glissait entre mes doigts en gouttelettes fraiches, tentait une intrusion dans mon cerveau. Je l’enfonçais sous l’eau.

Le temps ne s’était pas suspendu. Dans une demie heure, je devais être en bas, fraiche et pimpante, rejoindre le groupe pour une nouvelle série de tortures aussi ridicules qu’inutiles. Il fallait prendre une décision.
Deux options: quitter cet hôtel en douce, ne plus jamais retourner au bureau, oublier le passager de ma nuit, courir chez ma voisine récupérer Sparow, me jeter dans mon lit en le serrant dans mes bras, éteindre mon téléphone et dormir toute la journée, bercée par le souffle bienveillant de mon petit chien. Effacer la nuit.

Ou… participer à cette deuxième journée de séminaire, éviter son regard tout en le cherchant, redevenir son assistante, savourer notre secret, être la seule à savoir qui est Gaspard. Détailler son visage en me souvenant, dans un demi-sourire de satisfaction lubrique, que je l’ai tenu dans mes mains, que j’en avais baisé chaque parcelle quelques heures plus tôt.

En enfilant mes collants, le téléphone coincé entre l’oreille et l’épaule, j’ai appelé ma soeur. L’alcool ne devait pas avoir complètement quitté mon corps.
– Hello c’est Math.
– Qu’est-ce qui se passe? Je suis pressée, je dois filer au Palais.
– Rien de grave, t’inquiète pas. J’ai une soirée un peu sophistiquée samedi, tu aurais quelque chose à me prêter?
– Pffff… oui, sans doute, mais pas le temps, là. Rappelle-moi ce soir.
– Ok. Au fait, Gaspard de Marzo, ça te dit quelque chose?
– Très beau spécimen oui, mais très coincé aussi. Ou gay peut-être. D’où tu le connais?
– C’est mon chef. Et il n’est ni gay ni coincé. Je te raconterai…
– …
– À ce soir.

Clic.

Infâme petite peste que j’ai été. Plaisir suprême de l’imaginer « au Palais » agacée par cette demie information, lui pourrir sa plaidoirie avec l’image du beau Gaspard sorti de sa réserve, offrant sa fougue très hétérosexuelle à sa chère soeur.
Pourvu que son client du jour soit un gros salopard qui ne méritait pas mon indulgence ni celle du jury, parce qu’elle allait être un peu diminuée la super avocate !
Je la connais. Comme si elle était moi.
Bien sûr, il n’était pas question que je la rappelle. Ma vie privée ne la regardait pas et je n’avais bien sûr aucune soirée mondaine en perspective.
Je ne me suis pas enfuit vers mon lit carapace et mon chien doudou.
Le menton haut, je me suis installée dans le fond de la salle de réunion et, bloc notes sur les genoux, j’ai entrepris la rédaction de ma lettre de démission, pendant que Gaspard nous expliquait les réjouissances de la journée.

Je gribouillais des G… de toutes les tailles, de toutes les formes sur les bords de ma feuille. Guillaume, Gaspard. Un G ancré comme un point bien planqué, profond, sensible.
G comme Gagner ses éperons (et pourquoi pas celui de son Italie), comme Garder la tête sur les épaules, comme Gagner sa croûte et Grincer des dents, comme Garder pour la bonne bouche et puis, cinglante et imprimée sur la joue, comme la Giroflée à cinq feuilles.

S’ils savaient tous ceux qui étaient là, en rangs d’oignons, buvant les paroles du maitre, que je l’avais siphonné toute la fin de nuit, que j’étais repue de son jus, qu’il n’y avait plus de place dans sa bouche pour les mots, juste des souffles, des grognements, et sa langue, mon Dieu sa langue ! S’ils savaient que ces doigts qui pointent les slides sont si agiles qu’ils se sont immiscés absolument partout, tellement que je n’aurais pas été étonnée qu’ils portent encore le gout du sel doux-amer. Je le regardais gratter délicatement une narine et recevais une décharge dans le ventre, son regard me trouvait, entre deux autres têtes attentives, puis fuyait. J’aurais aimé voir son trouble durcir en public, en être la cause.

Je manquais sérieusement de sommeil. J’ai arraché la feuille.

Une fille facile

12308112145092353 Extrait.

À paraitre chez Albin Michel

 

 

 

 

J’étais devenue une fille pratique, une fille facile, bien planquée dans ma carapace de vieilles douleurs, inoffensive pour les hommes qui ne veulent pas s’engager.

 L’amour?

La vie sans homme, il y avait longtemps que je l’envisageais sérieusement.

J’ai adopté un petit chien. Un hybride, issu d’un père Jack Russel et d’une mère American staff qui a tenté de le dévorer quand il avait trois semaines. Attendrie, j’ai caché la petite chose dans mon col, j’ai enroulé mon écharpe autour de nous et l’ai biberonné. Il a survécu, il a pris la place qui resterait vide dans mon lit, grelotant du souvenir de ses premiers jours, me remerciant en interminables câlins. Sparow restait cependant un mystère.

Comment avait-il pu être conçu? La mère avait-elle été anesthésiée puis couchée sur le flanc pendant que le petit mâle profitait de son inconscience? Était-elle tellement chienne qu’elle s’était allongée à plat ventre, provocante, bien heureuse d’offrir sa croupe à ça plutôt qu’à rien? Mon chien était une adorable aberration. Nous étions faits pour nous comprendre. Celui-là ne me ferait pas mal à l’amour.

Parce que quand on a mal à l’amour, ça torpille comme une rage de dents généralisée. On pourrait se fracasser le crâne contre les murs, courir nue dans la rue en insultant ceux qui croient que ça passera, ceux qui ne savent pas que l’amour, quand il fait mal, il nous colle des métastases dégoulinantes de douleur, il se mue en haine, et les mots ne sont alors pas roses ni doux, ils ne font pas dans la dentelle, ils coupent et giflent, ils raclent les murs avec les ongles et s’y inscrivent violents et purs, avec le sang.

Je ne veux plus, mes ongles repoussent à peine.

 

fais le beau, vas-y, ça glisse…

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Extrait – Le gazon des fous –

À paraitre chez… ?

 

 

 

Ma rencontre avec Gaspard a été marquée au fer rouge  par une succession d’envies violentes de le gifler et de l’insulter.

Il était là, impeccable dans son costard avec son allure insupportable de mec sain, une main dans la poche de son pantalon, l’autre, bien ferme secouant la mienne.

Pas de cravate, le chic décontracté, tout ce que je ne supporte pas. Il avait cet air surpris et je n’ai pas compris. Il m’a tenu la porte et m’a fait signe de le précéder, m’a indiqué le fauteuil où poser mon derrière, comme si j’allais m’installer direct sur le canapé Le Corbusier. Pauvre type !

Histoire qu’on soit au même niveau, il n’est pas passé derrière son bureau, il s’est assis dans l’autre fauteuil, près de moi, a croisé les jambes et ses pompes étaient vraiment très belles. Là, j’ai enfin compris ce qui me valait ce grand sourire amical et ces yeux gris magnifiquement écarquillés: « ça alors, le hasard ne cesse pas de me surprendre ! Je n’imaginais pas vous revoir un jour, et encore moins dans ces circonstances ! »

Il continuait, exalté par le souvenir de cette soirée chez les De Machin où « je » l’avais fait beaucoup rire. Puis s’est enfin posée la bonne question: « Mais je ne comprends pas, vous m’avez dit être avocate, je cherche une assistante…»

J’ai vite secoué l’index en signe de non, non, stop, pas moi, faites erreur m’sieur, mais il ne semblait pas le voir. J’ai attendu qu’il reprenne ses esprits et me laisse en placer une et… « monsieur De Marzo, je m’appelle Mathilde, pas Constance. » Je me suis levée, lui ai tendu la main: « je crois qu’il n’est pas nécessaire que je vous fasse perdre votre temps, et… je n’ai jamais été assistante aux ressources humaines, vous avez sûrement des candidates plus compétentes à voir… »

Il a ri, en passant la main dans ses cheveux, l’air un peu embarrassé et un peu touchant en cet instant de faiblesse, m’a demandé de me rasseoir, mi-con, mi-joyeux, s’est excusé pour cette confusion, mais la ressemblance était tellement frappante ! Oui, je sais, je sais…tellement. Il a été pro, instantanément. Il m’a proposé de m’installer derrière son bureau, à bidouillé un truc sur son clavier, un écran est apparu. Questionnaire à choix multiples. « Je vous laisse cocher les cases. Ne réfléchissez pas, certaines questions sont redondantes, c’est normal, soyez instinctive, je vous laisse tranquille, je reviens dans dix minutes. » Je me suis retrouvée un peu conne, partagée entre l’envie de me lever et laisser la porte ouverte derrière moi, et celle de lui démontrer que son putain de test ne veut rien dire.

J’ai complété. C’était nul. ll n’a pas fallu dix minutes. Alors, j’ai regardé autour. Aucune photo de femme, d’enfant, aucun tableau, rien qu’un paper board, un canapé design, une table basse, un bureau très rangé, une très grosse plante verte près de la baie vitrée, un écran, une machine Nespresso, et… une carte de l’Italie au-dessus du canapé.

Je n’étais jamais allée en Italie, alors je me suis approchée de la botte. Il y avait cette protubérance au-dessus du talon. J’ai regardé de plus près, j’ai découvert que l’Adriatique c’était là, je me suis sentie vraiment inculte et il est entré. J’étais arrivée là par erreur, je me foutais de son test, et il me retrouvait suspendue sur un pied, un genou sur le canapé, en train d’observer de près l’éperon de l’Italie.

Là, j’ai pensé que l’incident était clôt et j’aime même envisagé, pour le dédommagement, de lui proposer le numéro de ma soeur. « C’est là que vivent mes parents. » Me dit-il, presque pas surpris. Et m’a tendu quelques feuilles. « On les regarde ensemble? »

Je me suis assise dans le fauteuil, parcouru rapidement et en travers les lignes. Surprenant. J’ai presque eu envie de lui demander combien je lui devais pour cette étude de mon profil. Au moins, j’avais désormais la confirmation que j’étais bonne à rien, ou alors à des choses qui n’existent pas dans notre monde. C’était écrit noir sur blanc: place l’esthétique de toute chose au premier plan, est très tournée vers l’humain, a une sensibilité exacerbée, rencontre des difficultés avec le système hiérarchique, mais peut faire preuve d’initiatives très intéressantes pourvu qu’on lui donne des responsabilités, déteste le conflit et le conformisme. S’ennuiera très vite dans le poste, à moins qu’elle ne décide de le faire évoluer.

« Qu’en pensez-vous? » m’a-t-il demandé?

« Que je ne suis surement pas la perle rare que vous cherchez, ça se confirme. »

« Qu’est-ce qui vous motiverait dans ce poste? » a-t-il insisté.

« Vous êtes à dix minutes de chez moi à pied. »

« Quelles sont vos ambitions? »

« Prendre votre place. Ou publier un roman. »

« Un seul? »

« Je ne suis pas très ambitieuse. »

« Vous écrivez? »

« Beaucoup, oui. Dans ma tête. »

Il s’est embarqué dans une description du poste très précise. Je n’ai montré d’intérêt que pour la poignet de la porte qui me tendait la main. Je n’ai posé aucune question sur le salaire, les horaires, rien. Ce jeu de rôle était ridicule, j’en aurais bien fait un scénario. Je ne pensais qu’à ça à cet instant: rentrer et écrire, comme une lettre adressée à tous les DRH trop classes, trop beaux, trop intelligents, trop séduisants et méprisables, trop performants quand il s’agit d’acheter de la ressource humaine et s’en débarrasser en vous faisant avaler que les temps sont durs, qu’il ne faut pas se fier aux résultats. Pour être DRH, il faut être un grand manipulateur, c’est sûr.

L’entretien tournait à la joute. J’en sortirais gagnante, aucun doute ! Et je m’en foutais de ce job, certainement autant que ce DRH, tombé sous le charme de ma jumelle, se foutait de mes incompétences. Il raconterait à ses amis, les De Machin et les autres, le burlesque de cette situation, ça les ferait mourir de rire dans les diners. Une fois encore, Constance m’écrasait simplement en existant.

Il a dû remarquer mon regard absent.

Une semaine après, j’étais l’assistante de monsieur De Marzo, persuadée que je ne ferais qu’un passage furtif aux Éditions Delacroix Verneuil.

Pourquoi j’ai accepté? Très bonne question. Sans doute que si je vais creuser bien profond dans la vérité pas très reluisante, je pourrais dire que je voulais voir, sans y croire, si je pouvais créer chez ce monsieur un trouble aussi intense que l’a fait ma soeur en baladant simplement son arrogance et sa décontraction dans une soirée mondaine. Toujours ce foutu complexe de comparaison. Ça ne s’arrêtera jamais !

En colère contre moi-même, dès le premier jour de mon nouveau job, j’ai hérissé un mur de barbelés, installé des miradors, j’ai rangé mon sourire dans la table de nuit et enfilé mes fringues les plus banales. Il allait vite se rendre compte qu’il n’y avait pas photo. Le cadre étant posé fermement, je n’avais plus qu’à justifier la raison de ma présence dans ces murs. Ingurgiter, tout apprendre, digérer, ça ne laisse pas trop de temps au cerveau pour divaguer. Il tenait à ce que nous nous appelions par nos prénoms. Pas juste lui et moi, mais lui et les autres, toute la boite, tutoiement et prénoms, même avec le PDG.

C’est beau la famille !

Et il insistait bien quinze fois par jour sur le « Mathilde », que je comprenne que s’il y avait eu méprise une fois, plus aucun doute n’était possible. Parfois, je me détendais, je souriais même quand il entrait dans mon bureau. Il avait un comportement tout à fait exemplaire, la juste distance entre un collaborateur et son boss, encouragements quand ils étaient mérités, erreurs pointées de son doigt bienveillant. Je n’avais à lui reprocher que sa perfection.

Vas-y, vas-y déambule l’air nonchalant monsieur de Fursac, fais ta gravure de mode, te gêne pas pour moi, y’a longtemps que je les ai disséqués les hommes de ta race. Tu la planques où la saveur de la vie, dis? La fantaisie, ça te parle ou tu es juste bon à tomber en pâmoison devant la constance irréprochable de l’être que tu as fabriqué ? Cours! Fais ton footing tous les matins, entretien ton capital, tu iras loin, t’inquiète pas je te regarde, tu aimes tant ça. Moi, je ne bouge pas. Je n’irai pas bien loin, sans doute, mais j’ai tout le temps de renifler.

J’ai commencé à choisir mes fringues avec un peu plus de conviction, j’ai arrêté de me ronger les ongles et les ai vernis, j’ai détaché mes cheveux, j’ai mis du mascara « effet faux cils » et je suis arrivée plus tôt le matin, quand personne n’était encore là, mais que lui, vaillant petit soldat, était déjà opérationnel, fringuant, pas fatigué. J’ai pris des cafés avec lui, sans ambiguïté, sans rien qui puisse s’apparenter à une relation privilégiée qui s’insinuerait, perfide, dans le « code de bonnes conduites » de l’entreprise.

Code qu’il a pondu lui-même et qu’il a imposé à chacun de signer.