Épluchage en règle sur la toile cirée

0294017E05714046-c1-photo-tendance-mamiserie

Flirter avec les mille visites en un jour, après seulement 3 jours de reprise en main, c’est ce qu’on appelle un indicateur. Une incitation même. On va donc continuer dans cette veine, passer au crible le monde de l’édition, du livre, des livres, des auteurs, de ceux qui se rêvent auteurs ( bien plus nombreux ) faire un peu de décapage citrique sans mâcher les mots.
On va étaler tout ça sur la toile cirée, y éplucher les dessous, les dessus, les dedans, et faire mijoter tranquillement.

Welcome ! Près d’une toile cirée, il y a souvent une bonne marmite.

L’écrivain qui prenait des râteaux à la pelle.

Point final. The end. Joie. Jouissance, même.

Lui, l’écrivain, il vient d’achever sa première oeuvre, il est vraiment très content de son travail. D’ailleurs, il n’est pas le seul. Sa mère aussi est contente, elle est fière même, elle savait bien que ce petit avait du talent. Et toute sa famille est contente, et tous ses potes aussi.

rateau

Voici venu le temps béni de l’envoi de son magnifique texte aux éditeurs. Évidemment, il choisit les plus beaux, les plus prestigieux, les plus difficiles à séduire aussi, bien sûr, mais avec un manuscrit de cette trempe là, faut pas déconner, ils doivent pas en voir tous les jours.

Il se frotte les mains, l’écrivain. Il sait, il le sent, ça va bouger, et vite, peut-être même que ça va se bousculer. Il rêve déjà aux dédicaces, à la queue dense, frétillante de tous ces gens piétinant des plombes pour gagner le droit à une petite signature, à un sourire fatigué éventuellement, à une photo souvenir, sait-on jamais…

Il rêve longtemps, des mois. C’est normal, ces gens là savent se faire désirer, ils minaudent mais dans le fond, ils savent bien qu’ils ne peuvent pas passer à côté de ÇA. Alors, il ne doute pas, l’écrivain. Et quand le premier courrier de refus arrive, il lève les épaules et les traite de sales cons. ils savent pas ce qu’ils perdent. Et sa mère aussi lève les épaules, le prochain sera le bon.

Le prochain n’est pas le bon non plus. Et les refus s’entassent sur le coin de son bureau Conformama. L’écrivain se tasse, se ratatine, artiste incompris, maudit presque, ils se sont passés le mot ou quoi ?

Mais jamais il ne doute, jamais. C’est sa grande force ça, bien plus en colère qu’abattu, alors il se redresse, il reprend son clavier et il vomit ses cruelles mésaventures sur Facebook, il leur taille un costard sur mesure, tiens, à ces connards ! Il va leur en faire de la pub, il va rétablir la vérité.

Allez savoir, à la limite, tout ça c’est grosses magouilles et compagnie entre potes.

Allez savoir, si ça se trouve, ils l’ont même pas lu, son texte. D’ailleurs, ça se confirme, dans les comités de lecture de ces grosses usines à merde, ils ne lisent pas.

Ah ! Elle est belle l’édition !

Et l’écrivain, plutôt que d’admettre que peut-être il n’est pas écrivain, va s’enliser dans l’aigreur, il va cracher sa bile et barboter dans sa suffisance, soutenu comme toujours par ses fidèles lecteurs.

Petite métaphore pour illustrer l’acharnement du gros lourd sans talent excessif.

Un type, ni moche ni laid, sans trop de style, se pointe dans une boite de nuit très branchée. Il fonce direct sur le carré VIP et coincé derrière le cordon rouge de sécurité, il entreprend, sûr de son charme, de monter à l’assaut de la brochette de top models sirotant du Cristal. En un coup d’oeil, le bouffon est catalogué. Pas la peine de l’étudier de près, c’est un bouffon, comme beaucoup d’autres, comme la plupart des autres. Alors, elles ignorent, parfois elles se marrent, et finalement elles lui tournent le dos.

Le type a pris un magistral râteau. Mais c’était un soir de pas de chance. Ces filles-là étaient de pauvres cruches, incapables de voir ce qu’elles avaient sous le nez, incapables de mesurer cette différence, ce naturel et cette fraicheur qu’il leur apportait sur un plateau. Pas question de changer un iota à ce qui fait son essence, sa quintessence.

L’écrivain rentre seul en shootant dans les gravillons. Dans sa tête, sous la lumière blafarde des réverbères, de très belles pensées cruelles et désabusées se bousculent. Il doit les écrire, elles sont magnifiques.

Et demain, il retournera dans le carré VIP.

Ce qui a accroché sur la toile cirée.

Pour que je me souvienne,  il en faut beaucoup, parce que j’ai une sorte de mémoire qui élimine à mesure. Elle ne fait aucune distinction, elle fait de la place pour la suite. J’y peux rien. Je peux donc regarder un film trois fois et être sûre de ne l’avoir jamais vu. Je peux m’émouvoir encore sur des classiques de la littérature parce que ma mémoire de poisson rouge me dit que c’est la première fois.

La bonne nouvelle, c’est que si je peux vous dire ce que j’ai aimé cette année, c’est que ces livres là n’ont pas quitté ma mémoire. Profitons-en, j’ai peur d’oublier. Et je ne voudrais pas. Parce que ces bouquins là étaient bons, très bons, et il faut vite que je le dise.

Je ne vais pas les chroniquer, c’est pas mon métier, je vais les conseiller, d’abord parce qu’ils avaient ce quelque chose d’un peu à part, ce truc qui fait tourner les pages, ensuite parce qu’aucun d’eux n’a eu de Prix. Les Prix…on y reviendra, sans doute. Et pourtant, ces bouquins là, découverts souvent à travers les réseaux, m’ont franchement fait du bien. Et il me semble que la fonction du livre, c’est ça

Alors, d’abord, j’ai envie de cL'INSIGNE.jpgiter Thierry Berlanda avec L’insigne du Boiteux et La fureur du Prince. Parce que je n’avais jamais lu de thrillers, que j’y étais hermétique et que je suis tombée dedans, littéralement. Il enferme la noirceur de l’âme humaine entre ses lignes, il y met le pire, et du coup, le meilleur, on le voit bien mieux. J’ai adoré !

 

 

 

AIDE-MOI 1.jpg

Il y a eu Aide-moi si tu peux, de Jérôme Attal. Un titre tellement proche du mien qu’on en avait déconné à Saint Maur. Un bouquin qu’une amie blogueuse avait qualifié de « drôlar ». C’est exactement ça. Il y a toute la dérision, l’humour presque british et savoureux qui nous embarque dans un polar ( là encore, par forcément ma came ) et qui nous fait tourner les pages avec ce petit sourire d’envie.

zou

Et  Zou ! De Anne-Véronique Herter. Alors là, on part dans nos madeleines, dans l’odeur des maisons qu’un jour il faut vider et y laisser ses souvenirs, fermer les volets, regarder l’horizon, de là où petit on jouait, humer, sentir une dernière fois, et partir. Un récit magnifiquement ciselé.

grande interview

La grande interview d’un petit rien, de Garance Terrere. Parce que madame personne, son histoire, sa vie de rien, sa vie de femme divorcée, galérienne d’une solitude jamais éprouvée, devient réalité. Et un jour, une grande journaliste va vouloir que cette femme là se raconte. Rencontre improbable qui va lui ouvrir la voix.

fragments

Fragments d’une traque amoureuse, de Fleur Zieleskiewicz. Une femme amoureuse, quittée, décide de partir. Elle part, pas pour la destination, mais pour les aéroports. Et c’est de ces salles d’embarquement qu’elle écrit ce récit, Une traque amoureuse éperdue, folle, complètement barrée et follement drôle. Mais émouvante aussi. (Pour ce livre, je me suis un peu dévoilée )

l'heure des fous  

L’heure des fous, de Nicolas Lebel. Lui, Nicolas, quand on l’a rencontré sur un salon, on ne peut pas imaginer ça. Et pourtant. Mais j’avais été initiée au thriller un peu avant, alors on y va et on y plonge. Et on court avec lui, une course contre la montre, contre l’heure des fous. C’est haletant, c’est savoureux !

Zoé 2

Zoé, de Alain Cadéo. Ce que je peux en dire ne serait pas à la hauteur de cette poésie. Chaque phrase vous pousse dans ce que vous avez de meilleur en vous. C’est l’histoire d’une rencontre entre un homme usé et une jeune femme, c’est une correspondance, tous mots dehors, tout en subtilité, en pudeur. C’est beau. Tout simplement.

selection

Ric-Rac, de Arnaud Le Guilcher. Il y avait longtemps que je ne m’étais pas retrouvée dans la peau d’un enfant. Et cet enfant là, il compose, il recompose, il est trop petit mais il fait des trucs grands, il répare son père inconsolable de sa femme morte. Il nous fait sourire tendrement, rire franchement, et il nous donne la main. Ce gamin, nous kidnappe et on sauve son père ensemble.

mensonges et faux semblants

Mensonges et faux semblants, de Lisa Herne. Dès les premières lignes, ont est captés. Il y a un saxophoniste, un homme qu’elle doit aller voir pour la dernière fois, une merveille d’émotions mêlées. Et puis, se déroule une histoire poignante, un truc dont on ne revient pas. Normalement. Sauf si on doit l’écrire.

robe noire

Je n’ai jamais eu de petite robe noire, de Roselyne Madelenat. Ce roman est un portrait du secret de famille, de ces secrets honteux, bien planqués au fond des mémoires, sur lesquels on flanque un bon gros couvercle, imaginant étouffer l’affaire et gommer ce qui a été. Mais le secret est vaporeux, il s’infiltre, il dégouline, et s’empare de la descendance. Le secret n’est pas beau, mais le mensonge est pire.
À travers une écriture rythmée, un tempo sans temps morts, Roselyne Madelenat nous embarque dans la vie de Florence, journaliste un peu rebelle, pas mal désabusée, qui veut comprendre, se réparer.

Et sans doute, celle qui m’a marquée le plus, comme beaucoup d’entre nous,

manfredi-petite-barbare

La petite barbare, d’Astrid Manfredi. Un récit au rasoir, cru, trash, d’une gamine trop belle pour n’être que pauvre. Du fond de sa cellule, elle hurle son dégout de cette société clinquante qui lui a tout fait miroiter. Elle plonge ce qui lui reste d’humanité dans les mots de Duras, dans son Amant. Son héros à elle, l’a embarquée sur une pente savonneuse, pas très reluisante, alors elle griffe les murs de sa taule, et elle écrit.

 

Comme je vous l’ai dit, j’en ai oublié, et ils étaient bons, sans aucun doute. Ne m’en veuillez pas.