Dernière séance pour Simsolo : Pornohollywood !

Écrivain, cinéaste, historien du cinéma, scénariste, acteur… Noël Simsolo n’en finit pas de nous surprendre. Rien d’ étonnant au fond pour un créateur qui aime tant le mystère.

 

Par Roselyne Madelénat

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Est-ce parce qu’à Lille on se pèle souvent les miches que Noël Simsolo s’est engouffré dès l’enfance dans les salles obscures ? Le cinéma lui a tout appris, la culture, le regard, la création, l’amour des belles femmes, la vie. Pas de vie sans cinéma pour lui. Sans littérature non plus. Les deux sont imbriqués. Profondément.

Il s’est nourri aux mots comme d’autres au biberon. On ne sait pas  à quoi était parfumé son lait, mais quand on se barre de chez soi à quatorze ans, on se dit qu’il manquait peut-être de volupté ce lait-là.  Peu importe comment il vit ou survit, ses rêves à caresser ou à vivre.

Déjà à l’époque il se répète « chaque jour est important puisqu’il est la preuve que je suis vivant. » Bientôt, il fait la connaissance de celui qui fera de lui un cinéphile digne de ce nom : Pierre-Henri Deleau. Les choses n’arrivant jamais seules, il écrit ses premières critiques de cinéma dans un journal communiste, « Liberté ». Trois mots qui lui siéent bien, « critique », « cinéma » et « liberté ». Si bien qu’on le reconnaît très vite dans les rues de la ville, silhouette mince toute de noir vêtue. Il n’a pas vingt ans et déjà une solide réputation. Il n’a jamais craint le débat, les prises de position qu’il défend bec et ongles comme s’afficher intello, aimer pourtant les films de Sergio Leone et les chansons populaires. Mais on le respecte : n’est pas cultivé qui veut. Aussi densément que lui. À  vous filer des complexes. Des gros. Il aurait pu rester à Lille, se tailler une place en vue. Non, le cinoche se passe à Paris, de jour comme de nuit. Il y a à voir, à raconter, à faire. Dès son arrivée ou presque, il publie chez Seghers, « Alfred Hitchock », un livre devenu une référence dans le milieu. Critique à l’époque signifiait quelque chose, il noue de vrais liens avec Truffaut, Malle, Shroeder, Bertolucci, Ferreri, Godard (« le plus grand ») et tant d’autres.

Paris, c’est aussi les rencontres. Un homme le remarque, l’aborde, lui parle, le veut finalement avec lui : Henri Langlois. « Quand Henri recevait des  films à la cinémathèque, il me les montrait, mon avis lui était important. » Il devient une de ses éminences grises. Dans l’ombre. Une ombre noire comme toujours. Celle qu’il l’aime, qui l’attire. C’est qu’en pleine lumière, il lui serait impossible de créer autant, car Simsolo est prolixe, il crée comme il respire. Pour le cinéma, la littérature, le théâtre. Il va là où on le réclame, là où il se sent bien. « Là où j’ai envie surtout ». L’important, c’est d’écrire. « Si je n’écris pas pendant une journée, je suis en manque. » Pourtant il avouera  à Olivier Gonnord pour DVD Classik qu’il peut « rester un mois sur la première et la deuxième pages, et après c’est différent. ».

Tenace. Perfectionniste. Alors, entre deux rencontres, deux coups de caméra, deux dialogues, deux conférences, deux lectures (« tous les jours, je lis un livre, pendant cinq minutes ou quatre heures.»),  il fait dans le roman et l’essai. À ce jour, 11 essais et 25 romans. Des romans noirs. Du glauque. Du sexe (« par pure gourmandise »). Du fric, trop ou pas assez. Tout est bancal dans son monde, alors les personnages marchent comme ils peuvent. Ils fuient souvent aussi comme lui. Car si l’homme est disert sur ses activités, il l’est nettement moins sur lui-même. Il est vif, drôle, bourré d’esprit, de contradictions et d’anecdotes. Mais du noyau dur de ses émotions, de ses tourments, de sa vie en somme, je ne saurai pas grand-chose. Pourtant dans le regard délavé, derrière ses éternelles lunettes, je devine la sensibilité.

J’aimerais bien qu’il se laisse aller, mais non. Il est vrai que le personnage n’est pas simple. Peut-être qu’il ne sait pas l’être, qu’il n’y arrive pas ? Mystère. Dommage. À nous de le découvrir à travers ses mots et ses phrases, sa réalité en somme. Insaisissable. Toujours là où on ne l’attend pas. Tiens comme cette BD, « PornoHollywood » dont le tome 1 vient de sortir avec le dessinateur Michel Hé chez Glénat et qui se passe à Los Angeles, dans les coulisses du cinéma en 1934. « Je voulais travailler sur le thème du cinéma que je n’avais jamais encore associé à la BD.  Et puis c’est avec le BD que j’ai appris à lire. Dans les récits complets des années 47 48 : Fantax, Les exploits de radar, Panthère blonde, Capitaine Marvel, tout ça bien avant de découvrir Spirou ou Tintin. ».

Bref, on retrouve l’éternel touche à tout. À ce propos il ajoute : un jour, je disais à Godard que Cocteau était un touche à tout, il me répondit « Non, il était touché par tout. » Et c’est d’ailleurs sur une autre phrase de Cocteau qu’il me quitte dans la nuit noire d’une petite tape amicale sur mon épaule : « je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. »

 Ses deux dates importantes

 

  • 31 août 1944 : sa date de naissance

  • 29 mars 1989 : la naissance de sa fille.

Actualité

 

PornoHollywood. Tome 1 « Engrenages »

Los Angelès 1934. Jim Jewsky, cinéaste prometteur à la Paramount tombe en disgrâce. Du coup, il décide de se reconvertir dans le porno avec une idée géniale : mettre en scène les sosies de stars genre Mae west, Gary Cooper et quelques autres. Ça fonctionne, sauf que dans le porno, nous ne sommes pas au pays des bisousnours. D’ailleurs, un patron de la mafia a besoin de compromettre un candidat au poste de gouverneur. Rien de mieux qu’un film porno pour écarter le monsieur de la scène politique…

Un polar au sens classique du terme, illustré par une ligne claire qui colle bien au cinéma de l’époque.

Le tome 2 – Crépuscules – paraîtra en mars prochain !

« PornoHollywood » Editions Glénat. 13, 90 e

Noël Simsolo : une œuvre impressionnante.

 

Source : Wikipédia

Essais

. Alfred Hitchcock, Seghers, 1969

• Howard Hawks, Cinégraphiques, 1984

• Conversation avec Sergio Leone, Stock, 1987

• Femmes du cinéma français, Calmann-Lévy, 1989

• M le Maudit, un film de Fritz Lang, éditions Plume, 1990 (coécrit avec Bernard Eisenschitz et Gérard Legrand)

• Clint Eastwood : un passeur à Hollywood, Cahiers du cinéma, 2003

• Le Film Noir – Vrais et faux cauchemars, Cahiers du cinéma, 2005

• Portraits-souvenirs de cinéma, Hors Commerce, 2007

• Dr Herman et Mr Vautrin : Entretiens avec Noël Simsolo, Editions Ecriture, 2010

• Dictionnaire de la Nouvelle Vague, éditions Flammarion, 2013, (ISBN 9782081332058)

•Jean-Pierre Mocky, La longue marche : entretiens avec Noël Simsolo, Editions Neige-Ecriture, 2014

Romans

Un travelo nommé désir, collection Le Poulpe n°8, Baleine, 1996

• Couleur sang, Baleine, 1996

• Apocalypse Nord, Baleine, 1997

• Les enfants de l’Enfer, Baleine, 1999

• Tête-à-queue, (avec Didier Daeninckx) Baleine, 2000

• Retour d’amour à Lille, Baleine, 2000

• Les Piétons du siècle

Vol. 1 : Images de chair, Le Seuil, 2000

Vol. 2 : Prédateurs, Le Seuil, 2000

Vol. 3 : Exterminateurs, Le Seuil, 2001

• Les Derniers Mystères de Paris, Baleine, 2002

• La Chair des femmes, Hors-commerce, 2003

• Disparu en mai 1968, Le Passage, 2004

• Edgar Flanders, détective de l’étrange. Les crimes de la momie, Le Seuil, 2004

• Edgar Flanders, détective de l’étrange. Les Vampires de Gand, Le Seuil, 2004

• Edgar Flanders, détective de l’étrange. La princesse venue d’ailleurs, Le Seuil, 2005

• Edgar Flanders, détective de l’étrange. La guerre des sorciers, Le Seuil, 2005

• Edgar Flanders, détective de l’étrange. Les démons de l’Olympe, Le Seuil, 2006

• Edgar Flanders, détective de l’étrange. Le sorcier sans visage, Le Seuil, 2006

• Le café des méchants, Magnard jeunesse, 2005

• Wazemmes, Écailler, 2005

• Les Sept Poules de Christelle, collection Le Poulpe n°248, Baleine, 2008

• Les ch’tis commandements, collection Le Poulpe n°259, Baleine, 2009

Le secret du Professeur Croquet, L’Archipel, 2009

• Les Génies du mal, L’Archipel, 2010

• Paris chaos, L’Archipel, 2013

Théâtre

1979 : Vous ne trouvez pas que ça sent la guerre ? de Noël Simsolo et Paul Vecchiali, mise en scène Christian Rauth, Festival d’Avignon

 

Filmographie

Comme acteur

1972 : La Maman et la Putain de Jean Eustache : un client du Café de Flore

1973 : La Décalcification de Jean-Louis Leconte (court-métrage)

1973 : Touche pas à la femme blanche de Marco Ferreri

1973 : Une baleine qui avait mal aux dents de Jacques Bral : l’homme qui raconte des histoires

1974 : Femmes femmes de Paul Vecchiali : Ferdinand

1974 : Zig-Zig de Laszlo Szabo

1974 : Le Mâle du siècle de Claude Berri : Pascal n°1

1974 : Eugénie de Franval de Louis Skorecki

1975 : Émilienne de Guy Casaril : un invité au vernissage

1975 : Les Pornocrates de Jean-François Davy : lui-même

1975 : La Chatte sur un doigt brûlant de Cyrille Chardon : Rabinovitch, le journaliste

1975 : Exhibition de Jean-François Davy : lui-même

1975 : Change pas de main (demain) de Paul Vecchiali : Ferdinand Desprès

1975 : Les Deux gouines / Victoire et Isabelle de José Bénazéraf : le juge d’instruction

1976 : Le Théâtre des matières de Jean-Claude Biette : un spectateur

1976 : Alice ou la Dernière Fugue de Claude Chabrol : un participant au banquet

1977 : La Machine de Paul Vecchiali : un journaliste

1978 : Les Héroïnes du mal de Walerian Borowczyk : Julio Romano

1978 : Démons de midi de Christian Paureilhe

1978 : Le Retour du privé de Takis Candilis (court-métrage)

1978 : Cinématon n42 de Gérard Courant (court-métrage)

1979 : Simone Barbès ou la vertu de Marie-Claude Treilhou : le cinéaste belge

1979 : Ma blonde, entends-tu dans la ville… de René Gilson : Dubourcq

1980 : Loin de Manhattan de Jean-Claude Biette

1982 : Contes modernes: A propos du travail, segment Offre d’emploi de Jean Eustache : un patient

1983 : Les Favoris de la lune d’Otar Iosseliani

1985 : Rosa la rose, fille publique de Paul Vecchiali : Jeannot

1985 : Autour de minuit (Round Midnight) de Bertrand Tavernier

1986 : Les Mois d’avril sont meurtriers de Laurent Heynemann : Skrecht

1986 : Cinématon #799 de Gérard Courant

1987 : La Comédie du travail de Luc Moullet, Antonietta Pizzorno et Hassan Ezzedine

1989 : Série noire, épisode Main pleine de Laurent Heynemann : le patron du café

1990 : Faux et usage de faux de Laurent Heynemann

1992 : Puissance 4, épisode Déshabillés fatals de Jacques Marbeuf et Jean Marbœuf : Manier

1993 : Chasse gardée de Jean-Claude Biette : un homme au théâtre

1993 : Pétain de Jean Marbœuf : Brinon

1994 : L’enfer de Claude Chabrol : Chabert

1994 : Mesmer de Roger Spottiswoode

1995 : Le Complexe de Toulon de Jean-Claude Biette : l’ami de Vaugelard fils

1997 : Un Buñuel mexicain (El Buñuel mexicano) documentaire d’Emilio Maillé : le narrateur (voix uniquement)

1998 : Je suis né d’une cigogne de Tony Gatlif : le narrateur (voix uniquement)

1998 : Au cœur du mensonge de Claude Chabrol : Bordier

1999 : 30 ans de Laurent Perrin : Brémont

1999 : Éloge de l’amour de Jean-Luc Godard

2002 : Saltimbank de Jean-Claude Biette : Arthur Craven

2003 : À vot’ bon cœur de Paul Vecchiali : l’ami critique de Paul

2003 : Play it around Sam d’Olivier Serrano (court-métrage)

2004 : Passing shot de Ysé Tran (court-métrage)

2004 : L’Homme d’Éric Jameux (court-métrage) : l’épicier

2006 : Le Deal de Jean-Pierre Mocky : l’abbé

2007 : 13 French Street de Jean-Pierre Mocky

2008 : Myster Mocky présente, épisode Dans le lac de Jacques Marbeuf et Jean Marbœuf : Manier

2011 : Crédit pour tous de Jean-Pierre Mocky : M. Renovex

2011 : Le Dossier Toroto de Jean-Pierre Mocky M. Noir / Blanc

2011 : Dernière séance de Laurent Achard : M. Paul

2013 : Dors mon lapin de Jean-Pierre Mocky

2013 : À votre bon cœur, mesdames de Jean-Pierre Mocky : l’infirmier

2014 : Les Compagnons de la pomponette de Jean-Pierre Mocky

2015 : Monsieur Cauchemar de Jean-Pierre Mocky

En tant que réalisateur – scénariste

1969 : L’Enfant de Françoise et de Geneviève (court-métrage)

1971 : Un parti (court-métrage)

1972 : L’Enfant Manon (court-métrage)

1974 : Tout basMagasin de lingerie (court-métrage)

1975 : Spasme OpéraL’Élégant masturbateur (sous le pseudonyme de Max Eaton)

1975 : Pierre Molinier, 7 rue des Faussets (court-métrage documentaire)

1976 : Je m’appelle Marie Marzack (court-métrage)

1976 : D’un point l’autre (court-métrage)

1978 : Images de femmesLocation (court-métrage)

1979 : Décors (court-métrage)

1979 : Chant de l’aube (court-métrage)

1980 : Cauchemar

1982 : Pan Pan (court-métrage)

1991 : La Cabale des oursins (court-métrage)

1996 : Jean Cocteau, mensonges et vérités (moyen métrage documentaire)

2004 : Bâtons d’encens pour Mizoguchi (documentaire)

2005 : Souvenirs autour de Jean-Daniel Pollet (documentaire)

En tant que scénariste

1972 : Les Jonquilles de Paul Vecchiali (court-métrage)

1974 : Femmes femmes de Paul Vecchiali

1974 : Le Bordel, 1re époque : 1900 de José Bénazéraf

1975 : Change pas de main de Paul Vecchiali

1975 : La Dernière Femme (L’ultima donna) de Marco Ferreri (dialogue)

1977 : À pleine bouche de Patrick Aubin

1977 : Nuits suédoises de Patrick Aubin

1977 : La Rage du sexe de Patrick Aubin

1981 : Si mon cul vous était conté de Michel Baudricourt

1981 : Sophie, secrétaire experte en langues de Michel Baudricourt

1990 : Le Jour des rois de Marie-Claude Treilhou

Une réflexion sur “Dernière séance pour Simsolo : Pornohollywood !

  1. Bel article de fond, Roselyne! Bravo…mais je manquerai toujours d’objectivité quand on parle des gens du Nord! Toutefois on ne se pèle pas trop les miches à Lille (en fait il pleut souvent et le ciel bas et lourd etc. mais il ne fait pas si froid que ça dans le Nord).
    Macte animo, ma toute belle!

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