Journée de la meuf, non merci ! 5/5

 La journée de la femme, cherchez pas, c’est celle du calendrier…

Coincée entre la journée de la prière et celle du rein, enjambant au passage la journée de l’audition, de la plomberie et de la courtoisie au volant, écrasant plus loin de son talon aiguille ou de la semelle de sa basket – comme elle veut –  la journée de l’homme ( si, si, vous avez bien lu ) le 19 novembre. Ça fait un joli grand écart entre les deux.

Cette femme s’est donc échappée du calendrier bien trop étriqué, cet espèce de corset à baleines rigides parce que faudrait voir à plus trop déconner, nous sommes en 2016 !

 

miss tic

En voilà une justement qui s’est évadée d’un destin tout tracé : Ayann Hirsi Ali.

ayaan-hirsi-aliBelle, noire, musulmane, excisée, elle est devenue ministre aux Pays Bas dix ans après y avoir demandé l’asile politique ! J’ai découvert son incroyable parcours dans Musulmanes et laïques en révolte (Hugo doc 2014), un livre écrit par Monique Ayoun et Malika Boussouf. Ces deux journalistes (copines dans la vie, l’une juive, l’autre musulmane) y ont brossé le portrait de vingt femmes formidables qui ont décidé de se battre. Les médias occidentaux ne montrent la femme arabe que comme victime !  Ce livre prouve bien qu’une autre femme arabe existe. Car ces filles-là ont un sacré cran. Des rebelles, des résistantes. Qui dans un contexte politique difficile ont eu la force de dire « NON » !.. Interviewées il y a deux ans, ces prophétesses nous annonçaient déjà les périls à venir en Occident ! Personne alors ne leur prêtait l’oreille jusqu’à ce fatidique 13 Novembre 2015.

Je reviens donc à cette extraordinaire Ayaan Hirsi Ali dont le parcours audacieux m’a particulièrement touchée. Cette célèbre Somalienne devenue députée néerlandaise s’est un jour évadée de la vie que ses parents voulaient lui imposer en sautant dans un train. On se souvient avec émotion de ses interventions télé : toute fluette sur ses talons hauts, la voix douce mais le discours rageur, cette jeune femme a  fasciné les médias. Pas de langue de bois chez elle ! Menacée de mort par les islamistes, elle s’est déclarée publiquement athée. Pour elle, « On ne peut pas se taire : se taire, c’est être complice » ! Chapeau bas ! Elle secoue le cocotier ! Elle exhorte toutes les femmes, musulmanes ou non, à prendre en main leur destin et n’hésite pas à engueuler sans ménagement celles qui restent prisonnières de leur vie !

Repères et points forts d’un parcours si singulier :

Le père de Ayaan était leader de l’opposition au dictateur communiste somalien Siyad Barre. Ce père, qui l’a mariée contre son gré puis reniée, elle ne veut pas le considérer comme un monstre. Il est intelligent, il lui a ouvert l’esprit. Et puis, il a fait preuve d’héroïsme en obligeant la mère à scolariser ses filles. Quand la grand-mère a décidé de faire exciser Ayaan à l’âge de cinq ans, il n’en a rien su. 

La famille va fuir la Somalie en 1976, Ayaan grandira en Arabie Saoudite, en Étiopie et au Kenya. Imprégnée par l’Islam, à l’école de Nairobie, elle porte le voile et des vêtements noirs au dessus de son uniforme. Elle est docile et sage. Règles dictées par la mère et la grand-mère : il valait mieux éviter les coups. Et puis, elle était très croyante, la colère de Dieu la terrifie aussi. Pourtant à vingt-deux ans, elle décide de fuir. Elle saute dans un train pour les Pays Bas afin d’échapper à ce mariage forcé avec un cousin que son père voulait lui imposer. L’honneur, la honte, on lui a appris à ne surtout pas infliger ça au clan. Pétrie de culpabilité et de peur, elle décide cependant de s’offrir une deuxième naissance, persuadée qu’il existe ailleurs une autre perspective que la reproduction du schéma maternel. Le jour de son évasion représentera à jamais pour elle son véritable anniversaire : c’est le jour où elle est née en tant que personne.

À Amsterdam, elle obtient le statut de réfugiée. Elle prend tous les petits boulots qui se présentent. Mais elle a un rêve. Elle veut « comprendre pourquoi la vie aux Pays Bas était si différente de la vie en Afrique. Pourquoi la paix, la sécurité et la richesse prédominaient en Europe, quelles étaient la cause de la guerre, et comment construire la paix. ». Elle passe des examens et parvient à s’inscrire à l’Université pour étudier les Sciences Politiques.

Plus tard, la nationalité néerlandaise obtenue, elle entre en politique par la gauche mais elle s’oppose aux idées du Parti Travailliste, trop permissives envers les discriminations faites aux femmes musulmanes au nom du communautarisme. Elle constate que les communautés musulmanes émigrées au Pays-Bas reproduisent le même mode de fonctionnement que dans leurs pays d’origine. Rien ne change, les femmes sont muselées, excisées, mariées de force.

On peut constater, en Hollande en tout cas, que ce modèle a été un échec : les filles continuaient à être excisées ou mariées de force, nombre d’enfants d’émigrés n’apprenaient pas le néerlandais et vivaient en vase clos sans contact avec les habitants de leur pays d’accueil. Ils se mariaient avec des ressortissants de leur village natal… Bref, Le modèle culturel qui était supposé libérer les communautés de la ségrégation, a abouti en fait au résultat contraire : intolérance religieuse, pauvreté, et « polarization »…

On l’accuse d’être de droite, mais elle continue de démontrer que le Parti du Travail, en prônant le multiculturalisme, ne permet en aucun cas un changement profond de la condition de la femme musulmane. Les attentats du 11 septembre lui assènent le coup de grâce, elle reprend le Coran, vérifie, compare, tout est là, les mots de Ben Laden y sont inscrits. Elle renonce à la foi, mais se rend à l’évidence : la foi l’avait quittée depuis longtemps.

Ma boussole morale était en moi et non dans les pages d’un livre saint…

 Je me suis déclarée publiquement athée. Dés lors, les menaces de mort n’ont cessé de pleuvoir… 

La laïcité est son cheval de bataille.

Avec son ami cinéaste Théo Van Gogh, elle réalise un film, « Submission ». Des femmes osent regarder Allah dans les yeux, les mots du Coran tatoués sur le corps, elle le défient et menacent de ne plus se soumettre.

Deux mois plus tard, Théo Van Gogh est assassiné en pleine rue, égorgé par un jeune islamiste. Sur son corps, une lettre est déposée à l’attention de Ayaan, la mettant en garde : elle se briserait en morceaux sur l’islam.

J’ai de la chance d’être là aujourd’hui et de mener une vie confortable, à la différence de beaucoup de Somaliens et d’Africains en général. Pourquoi me suis je retrouvée élue au Parlement néerlandais, et chargée d’écrire des lois ? J’ai eu de la chance, à la différence de la plupart des femmes nées dans le même monde que moi. Et je me sens une mission vis à vis d’elles. Des milliers de femmes sont retenues prisonnières dans l’enceinte de l’irrationalité et de la superstition. Je dois me faire entendre d’elles et les persuader de prendre le contrôle de leur vie. Moi ce que je veux, c’est réveiller les gens et les maintenir éveillés…

Ayaan Hirshi Ali vit actuellement à New York. Elle est toujours menacée de mort. Il lui est interdit de se déplacer sans ses gardes du corps. Le chemin est long vers la liberté. Encore aujourd’hui — hélas, plus que jamais aujourd’hui ! — elle est contrainte de se cacher. C’est le cas de nombreuses femmes musulmanes. Certes, elles sont moins célèbres qu’Ayaan, on en entend beaucoup moins parler. Pourtant elles existent. Elles continuent le combat dans l’ombre sans jamais perdre espoir.

Elles s’appellent Djemila, Fatima, Reem, Aïcha, Leila. Elles sont tunisiennes, égyptiennes, libyennes, maliennes, syriennes, afghanes, algériennes… Elles se battent pour l’égalité, la laïcité et la démocratie. Face à la montée islamiste, elles ne baissent pas les bras. Malgré les sanctions qu’elles encourent, elles nous donnent, sur le terrain, une véritable leçon d’engagement et de résistance.

Découvrez ces vingt femmes à travers ce livre choc ! 

couv' Musulmanes

Je vous invite également à découvrir ici la vidéo d’une conférence de Monique Ayoun à la BNF pour un « Hommage-commémoration à Charlie et à Georges Wolinski » qui s’est tenu à la BNF le 9 Janvier 2016. 

Musulmanes et laïques en révolte, Hugo doc

Monique Ayoun et  Malika Boussouf

Par Cathy Galliègue

 

 

 

 

 

 

 

couv' Musulmanes

Découvrez ces vingt femmes à travers ce livre choc ! 

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Monique Ayoun et  Malika Boussouf

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