Sanguinaires, une chronique pas assassine.

sanguinairesEt une petite vidéo rajoutée le 22/11/2016 pour vous emporter davantage !!

Bravo « le pinz » !!

Par Brigitte Ponthieu

Sans nul doute, c’est ce que diront et ont déjà dit les lecteurs corses ! La plus belle des critiques s’ajoutant à celles de tous les autres lecteurs que ce roman a déjà conquis. 

On part de Corse, des Sanguinaires, cet « archipel de corses miniatures », d’Ajaccio, son décor sublime, dépeint tel un tableau vivant, à coup de touches de couleurs, de lumières, portraits si réalistes des habitants, sous la chaleur méditerranéenne.

L’écriture, est telle une caméra qui observe en gros plan ou s’éloigne à toute vitesse ,  travellings et zooms avant s’enchaînent . Quand Denis Parent parle de son livre, il n’est pas rare qu’un lapsus révélateur lui échappe : film.

On comprend vite pourquoi.

Un drame familial avec, comme trame, la force des liens du sang. 

Les femmes sont presque absentes, restent dans l’ombre, comme un talon d’Achille, dont on ne parle parle pas.

C’est une fuite éperdue d’Est en Ouest, de l’Île de Beauté vers le Continent. 

Une histoire d’hommes. On pourrait penser que le sujet a été traité mille fois et que rien de nouveau n’est dit. Pourtant si !

Ce qu’il y a de nouveau, c’est « l’effet Parent« .

L’essentiel est ailleurs.

Il y a Hugo le grand-père, Seb son fils, et Vittoriù le petit fils.

Hugo apprend que Seb vient d’être assassiné :

J’ai la gerbe, je pense à ce petit con, mort sans un mot, qui me désigne de ses doigts arrachés comme celui qui l’a mis sur cette route dont la destination était aujourd’hui, dans ce soleil de haine, devant le bar L’Aiglon, sur un parking du quartier de l’Albert 1er, un matin de notre ère où son sang va nourrir les mouches.

Dés lors, une priorité s’impose à Hugo : protéger Vittoriu, son petit fils, quitte à ne pas être présent aux obsèques de son fils unique. Dans ce monde qui bascule pour l’enfant, il faut qu’il retrouve sa mère, puisque le père n’est plus, et que jusque là, pour Vittoriu « son dossier sur elle est vide »

Le récit alterne avec tour à tour sous le regard d’Hugo, de Vittoriu, et de Seb ! Oui Seb, car même mort, il est présent comme un ange qui veille et protège la fuite de son père et de son fils.

Dans cette « histoire d’hommes », le héros c’est ce petit bonhomme de 12 ans, le fils de Seb, fascinant Vittoriù. Un petit génie, un peu autiste, si drôle et touchant à la fois, qui vous porte sur ses « ailes de géant qui l’empêchent de marcher » …

Il a une perception du monde bien à lui, et à son âge, il a su comprendre que la langue française manque parfois de mots dans certaines situations. Il invente des mots, « les mots valises ». Il apprend à son grand-père à « rêvaliser », sa façon à lui d’appréhender le monde, entre rêve et réalité :

Je vois bien qu’il me croit qu’à moitié et surtout qu’il se demande à quoi ça sert d’immersticer dans la rêvalité.

L’enfant voit des choses comme s’il recevait « des cartes postales dans son cerveau » .

Seb, le fils fantôme, celui qui a « mal tourné » sait bien qu’il n’a pas été « le fils qu’il fallait .»

Et c’est comme une volonté inconsciente d’Hugo, grand-père, de se racheter auprès de Vittoriu de ce rôle de père qu’il a raté avec Seb.

Hugo dira cependant de ce fils perdu :

Je ne voulais pas qu’il meure, je ne voulais pas qu’il meure. Parce que je n’en pouvais plus. Le deuil c’est aussi voir partir quelqu’un qu’on se sentait, malgré toute la bonne volonté du monde, incapable de retenir.

Il y a aussi ce que l’on retrouve de façon récurrente dans les romans de Denis Parent, la musique. Une ponctuation, comme une respiration vitale, qu’il s’accorde passionnément. Les notes de « Voodoo Chile » d’Hendrix, Deep purple, Black Sabbath, Led Zeppelin nous emportent lors d’un concert improvisé où Hugo se lâche à la batterie.

Au cours de ce voyage organisé dans l’urgence, Vittoriu comprend vite, malgré cet épais silence sur la tragédie dans lequel on l’enferme, qu’il ne retrouvera pas son père à Disney comme prévu.

Il faut surtout fuir la mort qui est à leurs trousses car Seb, le mauvais garçon a trempé là où il ne fallait pas. Il faut fuir dans ce camion qui file à fond, Vittoriu planqué à l’arrière, et Hugo le Beretta sur les genoux.

Un périple à cent à l’heure qu’on a beaucoup de mal à quitter.

Alors, pour connaître l’issue du voyage, votre destination prochaine c’est « Sanguinaires » !! 

Sanguinaires, roman, éditions Robert Laffont, 2016 

Perdu avenue Montaigne Vierge Marie, roman, éditions Stéphane Million, 2008

Un chien qui hurle, éditions Stéphane Million, 2011

Grand chasseur blanc, roman, éditions Robert Laffont, 2014.

4 réflexions sur “Sanguinaires, une chronique pas assassine.

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