Ils se dénudent pour vous…

Les éditeurs passent à table: Frédéric, de City Editions, répond aux questions qui ne se posent pas…

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Vous avez le cœur battant. Vous l’avez lu et relu. Corrigé. Il est parfait.

Times New Roman, 12, interligne 1,5. Hop dans l’enveloppe avec votre petit mot d’introduction et vos coordonnées. Ou alors – il faut vivre avec son temps et l’économie n’est pas négligeable – un clic suffit.

Survient l’attente, d’autant plus longue que la notion du temps n’est pas la même chez l’éditeur et chez l’auteur. Imaginez-vous seulement ce qui se passe? Ce que devient votre texte. Comment on en discute. Comment on l’appréhende. Avant même que ne vous parvienne une gentille lettre de refus, ne s’installe un silence éloquent ou ne retentisse le coup de fil libérateur qui vous rend euphorique, comment travaillent les éditeurs et directeurs de collection ?

Les malfauteuses s’y sont collées. Elles ont passé à la question quelques éditeurs. Frédéric Thibaud de City Editions est le premier.

Une condition : le refus de la langue de bois. Il a joué le jeu et pour vous se dénude…

Frédéric, parlons d’abord de vous. Quel est votre parcours ? Quand avez-vous fondé votre maison d’édition ? Combien de romans publiez-vous par an ?

Nous avons créé, avec Christian English, la maison en 2003. Nous venions de la presse, nous avions notamment été journalistes à RTL. Gros lecteurs, nous avions aussi participé à des aventures éditoriales en écrivant des ouvrages de commande notamment. Jusqu’au moment où, certainement inconscients mais pleins de bonne volonté, nous avons créé la maison. Nous publions aujourd’hui environ 80 romans par an dans des marques éditoriales variées : chez City bien sûr (pour la littérature grand public), chez Terra Nova (pour des romans plus littéraires), chez Terres d’Histoires (un label réservé aux romans du terroir) et chez Eden (une marque pour la romance).

Vous privilégiez l’envoi par mail quand d’autres préfèrent encore l’envoi papier. Pourquoi ce choix ?

Parce qu’on est au XXIe siècle, que les tablettes existent pour lire et que les manuscrits papier coûtent cher à l’auteur et prennent une place folle chez l’éditeur !

Combien de manuscrits recevez-vous par mois ?

Difficile à dire, on ne fait pas vraiment le compte, mais je pense que nous recevons cinq à dix manuscrits par jour qui méritent a priori qu’on s’y intéresse.

Avez-vous un comité de lecture ? Si oui, comment fonctionne-t-il ? S’il n’est pas d’accord avec votre choix, comment cela se passe-t-il ?

Nous n’avons pas vraiment de comité de lecture, nous avons quelques lecteurs, mais l’idée n’est pas de faire passer les textes que nous recevons à travers le prisme forcément banalisant d’un comité de lecture basé sur le compromis et des moyennes d’appréciation. Nous aimons ou nous n’aimons pas. Un texte que nous aimons, nous le publions.

Comment effectuez-vous une sélection ? Quels sont vos critères ? Qu’est-ce qu’un bon texte à vos yeux ?

La sélection s’effectue sur deux critères que vos lecteurs vont peut-être trouver durs, mais pourtant je pense que n’importe quel éditeur fait la même chose. On lit les premières lignes du texte : si on a envie de continuer, eh bien, c’est bon signe, parce que dans la plupart des cas, dès les premières lignes, on sait si le texte peut être pour nous ou pas. Est-ce qu’il y a du style, est-ce qu’on a envie de continuer, est-ce que l’auteur a réussi à nous happer d’emblée ? Et puis évidemment, il y a l’histoire. Ah, l’histoire ! Ce parent pauvre des livres français, ce truc que beaucoup d’auteurs oublient en pensant que le style suffit à faire un livre. Un bon texte, c’est ça, c’est l’alliance de ces deux choses essentielles : une histoire et un style. Ça paraît bête à dire, mais l’alliance des deux est une chose bien plus rare qu’on ne le croit…

Lisez-vous entièrement les textes que vous recevez même si vous n’accrochez pas immédiatement après quelques pages ?

Non, si je n’accroche pas dès les premières pages, j’arrête de lire. Je sais que ce n’est pas un texte pour moi.

Vous recommande-t-on des manuscrits ? Lisez-vous automatiquement les textes des amis d’amis etc. ?

Oui, on nous recommande régulièrement des textes. Nous les lisons bien évidemment, mais pas avec plus de bienveillance que les autres.

Fonctionnez-vous au coup de cœur intégral ou acceptez-vous de jouer, de temps à autre, le rôle de directeur littéraire  en donnant des conseils de réécriture ?

Franchement, je n’aime pas beaucoup jouer le rôle du directeur littéraire. Ou alors, de manière très légère. Je pars du principe que s’il y a plein de choses que j’ai envie de changer dans un texte, c’est que je ne dois pas le publier. A l’inverse, si nous avons aimé un roman et que nous décidons de le publier, pourquoi vouloir le changer en le réécrivant ? Sur des détails, des choses mineures, pourquoi pas, mais jamais de réécriture profonde. Demanderiez-vous à un peintre de changer telle couleur dans un tableau, à un chanteur de changer son refrain ?

Avez-vous déjà refusé des textes qui ont été des succès d’édition chez un autre éditeur ?

Refusé non, mais il est arrivé, en effet, que nous aimions un texte que nous lisions, mais que ce texte soit finalement publié par un autre éditeur. C’est frustrant quand ça arrive, mais c’est la vie d’un éditeur !

Un grand merci à Frédéric Thibaud pour sa disponibilité et sa sincérité.

http://www.city-editions.com

Vous êtes un éditeur plutôt franc du collier. La langue de bois, vous ne connaissez pas…Jouez au jeu de la vérité avec les malfauteuses et contactez-les!

Propos recueillis par Carole Declercq

Une réflexion sur “Ils se dénudent pour vous…

  1. Pingback: « Une bonne histoire … Frédéric, de City Editions explique comment se fait la sélection  | «Jack & Liz

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