Ils se dénudent pour vous…

Les éditeurs passent à table sur la Toile Cirée.

Philippe Héraclès, éditeur au Cherche Midi, répond aux questions qui ne se posent pas…

Vous avez le cœur battant. Vous l’avez lu et relu. Corrigé. Il est parfait. Times New Roman, 12, interligne 1,5. Hop dans l’enveloppe avec votre petit mot d’introduction et vos coordonnées. Ou alors – il faut vivre avec son temps et l’économie n’est pas négligeable – un clic suffit. Survient l’attente, d’autant plus longue que la notion du temps n’est pas la même chez l’éditeur et chez l’auteur.

Imaginez-vous seulement ce qui se passe? Ce que devient votre texte. Comment on en discute. Comment on l’appréhende.

Avant même que ne vous parvienne une gentille lettre de refus, ne s’installe un silence éloquent ou  ne retentisse le coup de fil libérateur qui vous colle au plafond, comment travaillent les éditeurs et directeurs de collection ?

Les malfauteuses s’y sont collées. Elles ont passé à la question quelques éditeurs. Une condition : le refus de la langue de bois. Ils ont joué le jeu et pour vous se dénudent…

chervhe midi

Parlons d’abord de vous. Quel est votre parcours ? Combien de romans publiez-vous par an ?

J’ai créé avec Jean Orizet le cherche midi éditeur en 1978. Nous avons plus de 1 500 titres disponibles à notre catalogue et nous publions environ 20 romans français et étrangers par an.

Combien de manuscrits recevez-vous par mois ?

Nous recevons par la poste autour de 400 manuscrits par mois, plus tout ce qui arrive par d’autres canaux, y compris bien sûr internet.

Avez-vous un comité de lecture ? Si oui, comment fonctionne-t-il ? S’il n’est pas d’accord avec votre choix, comment cela se passe-t-il ?

Nous disposons d’un Comité de lecture. Il opère un premier choix parmi les textes reçus et les dirige vers les différents directeurs de collections. La suite se déroule en concertation.

Comment effectuez-vous une sélection ? Quels sont vos critères ? Qu’est-ce qu’un bon texte à vos yeux ?

Nous n’écartons aucun texte a priori, mais il y a une sélection naturelle, dès l’ouverture des enveloppes. Ce sont des ouvrages qui ne correspondent pas à notre image, à notre marque, à ce que nous publions. Nous restons fidèles à nos critères d’impertinence et de curiosité dans les registres qui sont les nôtres, c’est-à-dire la littérature française et étrangère, la poésie, les thrillers, les documents, les beaux livres et bien sûr l’humour. Quant au bon texte, c’est celui que nous avons envie de publier.

Lisez-vous entièrement les textes que vous recevez même si vous n’accrochez pas immédiatement après quelques pages ?

Nous lisons tout, mais pas toujours entièrement. Cela ne sert à rien de poursuivre un récit au-delà des premières pages si rien ne se passe.

Vous recommande-t-on des manuscrits ? Lisez-vous automatiquement les textes des amis d’amis etc. ?

Oui, c’est une autre manière de recevoir des textes. Ils sont lus avec les mêmes critères d’exigence que ceux qui nous arrivent par d’autres canaux.

Fonctionnez-vous au coup de cœur intégral ou acceptez-vous de jouer, de temps à autre, le rôle de directeur littéraire  en donnant des conseils de réécriture ?

Heureusement ! Le coup de cœur, c’est ce qui motive notre métier. Editer, c’est un pari, une prise de risque, mais surtout une envie de faire partager une émotion, une idée, une histoire, un style. Alors bien, sûr, il m’arrive de donner quelques conseils à des auteurs que je connais.

Avez-vous déjà refusé des textes qui ont été des succès d’édition chez un autre éditeur ?

Nous avons tous refusé des textes qui ont eu des succès ailleurs. L’édition n’est pas une science exacte. Souvenez-vous que Gide avait refusé Proust chez Gallimard. Cela ne l’a pas empêché de corriger son erreur plus tard…

Quels conseils donneriez-vous à un auteur de premier roman ?

Bien relire son texte avant de l’envoyer (les fautes d’orthographe ou de grammaire font mauvais genre), adopter une présentation aérée dans un corps de caractère confortable (éviter les trois tomes en corps 9) et l’accompagner d’un résumé ou d’une note d’intention de quelques lignes (un pensum de dix pages ne sert à rien).

Nous remercions Philippe Héraclès pour sa disponibilité.

http://www.cherche-midi.com

Propos recueillis par Roselyne Madelénat.

Vous êtes un éditeur plutôt franc du collier. La langue de bois, vous ne connaissez pas…Jouez au jeu de la vérité avec les malfauteuses et contactez-les! 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s