Elle se dénude pour vous…

Les éditeurs passent à table sur la Toile Cirée.

Félicia-France Doumayrenc, éditrice, répond aux questions qui ne se posent pas…

 

Vous avez le cœur battant. Vous l’avez lu et relu. Corrigé. Il est parfait. Times New Roman, 12, interligne 1,5. Hop dans l’enveloppe avec votre petit mot d’introduction et vos coordonnées. Ou alors – il faut vivre avec son temps et l’économie n’est pas négligeable – un clic suffit. Survient l’attente, d’autant plus longue que la notion du temps n’est pas la même chez l’éditeur et chez l’auteur.

Imaginez-vous seulement ce qui se passe? Ce que devient votre texte. Comment on en discute. Comment on l’appréhende.

Avant même que ne vous parvienne une gentille lettre de refus, ne s’installe un silence éloquent ou  ne retentisse le coup de fil libérateur qui vous colle au plafond, comment travaillent les éditeurs et directeurs de collection ?

Les malfauteuses s’y sont collées. Elles ont passé à la question quelques éditeurs. Une condition : le refus de la langue de bois. Ils ont joué le jeu et pour vous se dénudent…

Closerie-des-Lilas

 

Félicia-France, parlons d’abord de vous. Quel est votre parcours ? Quand avez-vous fondé votre maison d’édition et pourquoi ?

Parler de moi n’est pas la chose qui me fascine le plus. J’ai eu un parcours assez atypique. J’ai fait de l’édition au départ et très jeune en raison de  rencontresmais de façon quasi artisanale, j’étais psychanalyste et je voulais avant tout devenir un écrivain. J’ai été attachée de presse en réalisant que ce n’était pas pour moi. J’aimais traduire dans les séminaires de traduction à Royaumont initiés par Rémy Hourcarde (on ne parlait pas nécessairement la langue des auteurs invités, c’était enrichissant), j’étais critique littéraire à Lignes – les chroniques ont toujours tenu une grande place dans ma vie-.

Puis, ma fille est née. Curieusement, pour moi sa naissance en a été, aussi, une pour moi. Je l’ai élevée jusqu’à ses trois ans, c’était mon travail à plein temps et un grand bonheur. Mais, quand elle est allée à l’école, la question s’est posée. Que vas-tu faire de ta vie, que veux-tu faire ? Écrire évidemment, mais ça ne nourrit que très rarement sa femme ou son homme. J’étais entourée d’éditeurs, et j’ai rencontré Olivier Orban et j’ai été très heureuse de travailler avec lui. Il m’a réellement appris le métier de A à Z, je sais suivre un livre dans toutes les étapes de sa création, c’est important (de la réception du manuscrit, jusqu’à l’imprimerie, en n’oubliant pas le passage obligatoire devant les commerciaux qu’il faut convaincre parce que ce sont eux qui vont voir les libraires).

Ensuite, je suis allée chez Balland, puis Grasset et je suis tombée très  malade. J’ai eu un cancer avec un pronostic vital engagé, j’ai pensé si tu t’en sors, tu monteras ta maison. Et, je m’en suis sortie, et comme je tiens toujours mes promesses : j’ai créé tout d’abord une structure qui est une association de loi 1901 : Les Ateliers de Granhoux dans le but de pouvoir en plus de l’édition, faire des séminaires de traductions, des ateliers d’écriture, des salons littéraires, et j’ai commencé par le numérique parce que je n’avais pas de banque, personne derrière moi. Tout vient de ma poche et je voulais surtout pas me retrouver dans la spirale infernale d’éditeurs qui font faillite parce qu’ils surproduisent pour vivre.

Le numérique n’a pas suffit,  alors j’ai plongé en faisant un premier livre sous la marque des Ateliers Hashimoto, mon amour de Sylvie Grignon qui a été et est toujours un succès. Monter mon nom n’a pas été simple. On me l’a conseillé, j’ai écouté, réfléchi, beaucoup reporté la décision. Puis, je me suis lancée et j’en suis très heureuse.

 

Quels genres sont publiés aux Éditions FFD ? Votre maison est toute jeune, combien de livres par an envisagez-vous de publier  ? 

La ligne de la maison est clairement définie. Tout d’abord publier des auteurs inconnus, de préférence des premiers textes, les rendre heureux (parce que les auteurs sont parfois très malheureux chez leur éditeur) et publier des textes d’auteurs connus et reconnus dans des genres qu’ils n’ont pas l’habitude de faire dans leur maison mère. Et, j’ai crée la collection « Bruit de Langue » pour eux. Comme, je le répète, je n’ai pas et ne veux pas de banques et rentrer dans les pièges très bien tendus, je ne ferai pas plus de quatre titres papier par an. Mais, je serai totalement avec mes auteurs, les écrivains ont besoin d’être rassurés, c’est tellement normal, et je crois que je les aime suffisamment pour être toujours près d’eux. Ils font partie de ma famille. Et, la relève est en marche puisqu’Esther, ma fille, est un des pivots de la maison. C’est elle d’ailleurs, qui est présidente de l’Association Hashimoto. Grâce à elle, je deviens immortelle (rires).

Concernant les manuscrits, privilégiez-vous un type d’envoi ?

Je préfère le papier, mais on peut tout envoyer. A quoi servent sinon les imprimantes ? Mais, je ne lis bien qu’avec du papier entre les mains (ce qui est un comble quand on pense que je ne voulais faire, au départ, que du numérique), mais il faut savoir rire de soi.

Combien de manuscrits recevez-vous par mois ?

J’ai été très surprise, surtout depuis FFD par le nombre de manuscrits que je reçois, peu évidemment par rapport à Albin, Gallimard et les autres mais dix par semaine.

Avez-vous un comité de lecture ? Si oui, comment fonctionne-t-il ? S’il n’est pas d’accord avec votre choix, comment cela se passe-t-il ?

Oui, nous avons un comité de lecture et ce sont eux qui me proposent. On est en règle générale d’accord, mais on discute beaucoup et je n’ai pas forcément le dernier mot.

Comment effectuez-vous une sélection ? Quels sont vos critères ? Qu’est-ce qu’un bon texte à vos yeux ?

Tout d’abord que ce soit écrit en français, on ne devrait pas avoir à dire cela, mais un manuscrit rempli de fautes dès les premières lignes, je le pose. Mes critères ? Que le manuscrit ait un commencement, un début et une fin qui tiennent la route, qu’il raconte quelque chose, qu’il m’envoute, me permette de m’évader, qu’il me fasse rire aussi parfois. J’aime beaucoup avoir toutes les gammes d’émotion, sourire, être tenue en haleine, pleurer, rire. Je suis une bonne lectrice, j’aime lire.

Lisez-vous entièrement les textes que vous recevez même si vous n’accrochez pas immédiatement après quelques pages ?

Non. Si des les dix premières lignes, je vois des fautes, je ne continue pas. Autrement, quand cela m’interpelle, je lis le début, le milieu et la fin. Il m’est arrivé d’oublier le temps et de lire en entier un manuscrit. Là, c’est le bonheur.

Vous recommande-t-on des manuscrits ? Lisez-vous automatiquement les textes des amis des amis etc. ?

Dire non serait un mensonge. Mais, ce n’est pas parce que l’on me recommande un livre qu’il est pour moi. J’ai une ligne éditoriale très précise.

Fonctionnez-vous au coup de cœur intégral ou acceptez-vous de jouer, de temps à autre, le rôle de directeur littéraire  en donnant des conseils de réécriture ?

Je ne crois pas au manuscrit parfait. Un livre, pour moi c’est un coup de foudre entre l’auteur et l’éditeur,  « ça se commande pas, ça se consomme ». Je travaille les textes avec mes auteurs, leur fait des remarques mais tout se fait en harmonie, je n’impose rien. On en parle, on se voit le crayon de papier à la main (ne jamais corriger un texte au bic rouge, on est plus à l’école, j’ai aussi appris cela grâce à Denis Bourgeois chez Balland) et on essaie de faire un livre le plus réussi possible.

Avez-vous déjà refusé des textes qui ont été des succès d’édition chez un autre éditeur ?

Pour le moment, non, ma maison débute. Mais, en tant qu’éditrice dans d’autres maisons, oui cela m’est arrivé parce que le texte ne correspondait pas à ma sensibilité.

Quels conseils donneriez-vous à un primo-auteur qui souhaiterait vous soumettre son texte ?

Travailler, comprendre qu’écrire n’est pas un loisir mais un travail et bien évidemment une passion. Ne pas en faire trop, ne pas vouloir à toutes forces se démarquer en étant original. C’est difficile pour quelqu’un qui n’a jamais publié. Mais surtout savoir écrire le français et éviter toutes références à wikipédia. Ce n’est pas parce que la famille trouve le manuscrit formidable, qu’il sera publié. L’écriture c’est l’école de l’humilité et de l’artisanat. Tout écrivain est un artisan du livre. L’éditeur est son passeur.

http://www.editions-feliciafrancedoumayrenc.com

Vous souhaitez soumettre votre manuscrit ? C’est ici : manuscritgrandhoux@gmail.com

Amours mixtes collectif érotique, avec Jacques Arroyo, Paul Bataille, Laurence Biava, Philippe Brandes, Félicia-France Doumayrenc, Sarah E., Astrid Manfredi, Régis Pinguet, Franck Spengler 12 euros

Carla, Sylvie Grignon 12 euros

Les secrets de Carla, Sylvie Grignon 12 euros

Un grand merci à Félicia-France Doumayrenc pour sa disponibilité, sa sincérité et son courage.

Vous êtes un éditeur plutôt franc du collier. La langue de bois, vous ne connaissez pas…Jouez au jeu de la vérité avec les malfauteuses et contactez-les!

 

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