Zazous de Gérard de Cortanze

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Par Carole Declercq

Je l’ai ouvert puis reposé.

Et ai interrogé Gérard de Cortanze. « Ça se lit ou ça se danse ? »

« Ça se swingue, m’a-t-il répondu ».

Prête pour la danse ! Prête pour Zazous. Comme le dit Johnny Hess en préambule, « il vous prend et n’vous lâche plus… »

« Avoir 16 ans en quarante, quelle aubaine ! », c’est ce que pensent Josette, un tendre cœur, Pierre et Jean, Marie, Lucienne, Sarah et Charlie. La bonne bande de copains qui n’a pas l’intention de se laisser avaler par l’Histoire. Et Gérard de Cortanze, d’égrener, année après année, le temps noir de l’Occupation. Occupation militaire et restrictions alimentaires, difficultés du ravitaillement, couvre-feu, intimidation de chaque instant, courses-poursuites et galopades dans les rues, le métro et les lycées. Occupation intellectuelle, idéologique, et plongée ahurissante dans les menées des services de propagande et leur mainmise sur la culture. Occupation intime et sentimentale – normal, c’est humain !- quand un jeune officier allemand anti-conformiste, Gerhard, se prend d’affection pour Josette qui s’en passerait bien mais le lui rend tout de même dans le secret de son cœur.

Inconscients, insolents, ces jeunes zazous vont apprendre à leurs dépens la gravité. Ils sont de tous les coups pendables et imaginables : dépasser le couvre-feu pour courir les concerts dans les cabarets, pff! Les doigts dans le nez! Manifester le 11 novembre et se faire pincer par la flicaille: on s’en tire sans bobo ou presque. Ecrire le V de la victoire sur les murs: du nanan pour les chats. Echapper au STO: c’est le sport national. Vous pensez bien ! Faire la nique aux Boches et bisquer les collabos, c’est zazou ! Et tout ça en musique, s’il-vous-plait.

Mais ont-ils seulement songé que la guerre est un rite de passage, un marqueur initiatique et qu’on n’en sort pas indemne ? Qu’entre hésitant et résistant, il n’y a pas beaucoup de lettres de différence ? Les années passent, les coups finissent par pleuvoir et les contraintes avec : Jean s’engage dans la lutte armée contre l’occupant, Sarah craint pour sa vie, Marie « fricote » avec des individus peu recommandables, Josette est toute empêtrée de son attirance pour Gerhard, et, sous les bombardements incessants, tout devient soudain plus cinglant, plus âpre, plus expéditif. On assassine tous les jours, on torture tous les jours. Les conditions d’occupation se sont durcies à craquer et tout faire voler en éclats. La frivolité s’est envolée. « L’ombre s’égare dans mon logis », chante Irène de Trébert.

Je n’éventerai pas la fin, ne dirai rien de plus du chemin de chaque personnage car il faut lire Zazous et se plonger dans cette atmosphère si particulière dépeinte de main de maître à l’issue de recherches érudites et grâce à une écriture fraîche, presque juvénile, en rapport avec l’âge des protagonistes. Sachez juste que si tout commence par des chansons, Gérard de Cortanze a voulu contrarier Beaumarchais, car, quand viennent les dernières lignes, on saisit, un peu dépité, que « le swing, c’est bien fini ».

Zazous, de Gérard de Cortanze, éditions Albin Michel, 2016, 22,50 euros.

4 réflexions sur “Zazous de Gérard de Cortanze

  1. rien que la chronique est un cadeau, donc on peut imaginer que le livre en soit un aussi, merci, ça swing bien, et je pense que ça se lit avec enthousiasme et émotions, merci

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