Florence Herrlemann nous en dit un peu plus…

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Florence Herrlemann, Le Festin du lézard

Florence, l’auteur d’un superbe premier roman aux éditions Antigone 14, Le Festin du Lézard, récit à la fois onirique et puissant sur la terrible relation mère-fille, a bien voulu se prêter au questionnaire des Malfauteuses.

Bonjour, Florence. Parlez-nous de vous. Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Où allez-vous ?

Oh ! Là… (Sourire) On vient forcément de quelque part, c’est bien de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va… En ce qui me concerne, je suis le vent comme un apache ! Je vais où il me mène… Je lui fais confiance. Je sais qu’en route je rencontrerai des gens, des lieux, des fous et de belles âmes. Je reste un moment, puis si le vent me souffle à l’oreille qu’il est temps de s’en aller, je me remets en route. Même si parfois j’ai le sentiment de m’être posée, établie, mes départs sont toujours d’actualité et parfois, imminents, c’est ça l’écriture ! Voilà qui je suis, toujours en partance, un bagage à portée de main, une boussole dans la poche et le nez au vent… Vous me pardonnez cette pirouette, c’est tellement compliqué de parler de soi, je préfère raconter des histoires, laisser une porte entrouverte pour celle ou celui qui voudrait l’ouvrir et pénétrer dans un ailleurs… et faire partie du voyage !

Le Festin du Lézard est votre premier roman. Quelle est sa genèse ? A-t-il été facile de lui trouver un éditeur ?

Le Festin du Lézard est le premier roman que j’ai osé présenter. La genèse, à vrai dire je ne m’en souviens pas… Cette drôle d’idée est arrivée sans prévenir, elle s’est logée dans un coin de ma tête et a pris forme jour après jour. Je sais qu’elle est le fruit d’émotions ressenties lors de rencontres diverses, lors de « mes voyages » soit littéraires, soit cinématographiques, ou tout simplement dans la vie de tous les jours.

Il n’est jamais facile de trouver un éditeur, surtout avec un premier roman aussi particulier. J’ai essuyé des refus, bien sûr, puis un jour, on vous appelle parce qu’on aime votre travail et qu’on souhaite accompagner votre texte. Ce jour-là fut extraordinaire ! C’est après que le vrai travail commence. On réalise alors combien le texte, les personnages ne vous appartiennent plus… il faut les laisser aller à la rencontre des lecteurs et qu’ils puissent se frotter à la sensibilité de chacun.

Comment vivez-vous la publication de votre roman ?

Honnêtement très bien. C’est une chance d’être publié ! Je sais aussi que l’éditeur à sa part de responsabilités, il doit défendre le texte, le porter, l’auteur doit être à ses côtés, c’est un travail d’équipe et c’est formidable quand il y’a cette complicité… J’attends avec impatience d’autres rencontres avec les lecteurs pour pouvoir partager ça avec eux, ce n’est pas rien quand même !

Parlons de votre livre maintenant. Le Festin du lézard est un roman que l’on peut presque qualifier de poème en prose tant le pouvoir des mots est incantatoire. Est-ce le fruit d’une recherche, d’un travail approfondi sur l’écriture ? Est-ce un flot irrépressible, qui vous vient naturellement ?

J’aurais tendance à dire qu’il s’agit effectivement d’un flot irrépressible qui me vient naturellement, pour reprendre vos termes. Je prends probablement d’énormes risques, mais je les assume. Je suis en état de « gestation » pendant une grande période durant laquelle je continue de me nourrir en lisant tout ce qui ne me tombe pas des mains. J’écoute beaucoup de musique, je me rends à des expositions puis en fin, quand je sens que c’est le moment d’écrire, je ne me pose aucune question, j’écris. C’est un premier jet en général, mais suffisant complet pour me permettre d’avancer. Pour le festin du Lézard, je n’ai pas connu l’angoisse de la page blanche. Je vis toute la journée avec mes personnages et l’histoire se dessine doucement. Je ne m’inflige rien qui puisse mettre en péril « ce » plaisir d’écrire. Le vrai travail commence une fois l’histoire écrite, je sais que cela peut paraître paradoxal, mais c’est une réalité. C’est quand il faut revenir dans le corpus que les choses se compliquent, j’entre dans une période de travail intense. La magie opère encore à ce stade de finalisation parce que j’ai encore rendez-vous avec mes personnages. On finit vraiment par s’y attacher et c’est tant mieux !

Votre roman évoque une relation mère-fille mortifère, qui entraîne vers la folie. Votre aisance à évoquer les tourments intérieurs d’une jeune femme au bord de la démence est surprenante. D’où vous vient cette connaissance du milieu psychiatrique ?

Certains psychanalystes disent que par définition les relations Mère-Filles sont mortifères… dans le festin du Lézard, il est surtout question de l’absence de l’amour maternel. Il est également question d’abandon. Jusqu’où peuvent conduire l’absence d’amour et l’abandon de la mère ? Comment font ceux qui ont manqué de cette évidence dans les premières années structurantes de leur vie, pour réussir à grandir avec autant de carences ? Comment font-ils pour tenir debout ? Le monde psychiatrique me passionne, plus exactement il m’attire autant qu’il m’effraie. Ma mère a travaillé dans des établissements psychiatriques. Enfant, quand elle ne pouvait pas me faire garder, elle m’emmenait. Bien sûr, il m’était interdit de m’éloigner des personnes censées me surveiller, mais c’était plus fort que moi. J’ai vu et entendu des choses que je n’aurais jamais dû ni voir ni entendre. Alors forcément ça laisse des traces. Mais je n’ai aucun souvenir traumatisant, je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait à l’époque, c’est plus tard que j’ai compris. J’ai également suivi quelques cours de psycho, puis suis passée à autre chose. Ce qu’il en est resté, c’est cette empathie que j’éprouve à l’égard des êtres qui ont une vie en marge de notre société. Je parle de ceux qui n’ont pas les mêmes codes que nous, ceux qui perçoivent le monde autrement. J’ai davantage d’empathie pour ceux qui vivent une forme d’enfermement corporel et psychopathologique. Comment parviennent-ils à trouver une issue à cet enfermement, en dehors, bien sûr, de ce qui leur est « permis » ? Comment réussissent-ils à vivre ? J’ai été très marquée, entre autres, par « Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Milos Forman  et par la « Bâtarde » de Violette Leduc. J’avais envie d’écrire quelque chose en rapport avec ces univers et de travailler sur les émotions. Les émotions nous rappellent combien nous sommes vivants. J’avais également envie de donner la parole à ceux qui sont dans cette marge. Comme Isabelle.

Pourquoi laisser une fin ouverte quoique troublante? Est-ce une main tendue au lecteur ? Est-ce un roman où, en définitive, l’auteur permet au lecteur de se faire une place ?

Cette fin est indispensable. Elle est troublante, certes, mais salvatrice à mon sens, parce que la vérité est enfin dévoilée et que cela me permet de « sortir » le lecteur de cet « enfermement » pour qu’il puisse respirer. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a de l’espace malgré tout dans ce roman. Un peu comme un tableau. Le peintre exprime une émotion, un ressenti, puis il l’offre à chacun et c’est à nous d’y voir ce que nous avons envie d’y voir. Chacun est libre et doit le rester devant une œuvre. D’où cette notion de « voyage », puis enfin tout n’est que subjectivité.

Avez-vous un autre projet de publication ? Pouvez-vous évoquer en quelques mots les thèmes qui vous agitent en ce moment ?

Il y a tellement de thèmes qui m’inspirent qu’encore une fois je laisse aller mon instinct.Je laisse entrer ce qui se présente, en général si je m’y arrête, c’est que j’ai une chance d’en faire quelque chose. Ce que je peux vous dire du prochain, c’est que l’univers y sera moins sombre, moins oppressant, mais tout de même singulier. Je continue de travailler sur les émotions en employant cette fois-ci une forme narrative très différente de celle du Festin du lézard. On dit que parfois la réalité dépasse la fiction, j’adore absolument cette idée ! Je ne vous en dirai pas plus, mais je vous promets qu’on ne s’y ennuiera pas !

Merci, Florence, pour ce temps que vous avez bien voulu nous accorder. Nous rappelons que Le Festin du Lézard est publié aux éditions Antigone 14 et vendu au prix de 12,80 euros dans toutes les bonnes librairies mais aussi sur commande directement auprès de l’éditeur, sur le site http://www.antigone14editions.com/

Propos recueillis par Carole Declercq

2 réflexions sur “Florence Herrlemann nous en dit un peu plus…

  1. j’ai tellement aimé ce livre !! je suis émue de savoir comment il s’est tricoté et je suis sensible à la personnalité originale et complexe de cet auteur, bravo, merci et bien sûr à suivre

    Aimé par 1 personne

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