Indian song I: Devdas

Par Carole Declercq

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DEVDAS de Sarat Chandra Chatterji

Voici un roman d’une surprenante modernité et d’une étonnante proximité pour un lecteur occidental. Pourtant Sarat Chandra Chatterji, maître-conteur bengali, a vécu au début du 20ème siècle.

Devdas, qui n’était pas son premier roman, a été écrit en 1917. On y retrouve, associés au récit d’un amour contrarié, tous les indices d’une écriture contemporaine : plume fluide, nerveuse, parfois sèche, réduite à l’essentiel, à la mécanique des sentiments, à la froideur des dialogues ou des lettres qui brisent le cœur et les espoirs. On attend du mélo, on n’en aura pas. On attend du bigarré, du chamarré, on n’en aura pas. Aucun effet de facilité…

Parvoti et Devdas ont grandi ensemble. Ils sont voisins. C’est une évidence : ils se marieront. Mais les conventions sociales s’en mêlent : Parvoti n’est que fille de commerçants quand Devdas est le fils d’un grand propriétaire terrien, administrateur du village qui plus est. Et encore…s’il n’y avait que cela…Grande intelligence de Chatterji : aucun personnage n’est stéréotypé. Les membres des deux clans ont conscience de ce grand amour et, si besoin est, ils discuteront, céderont peut-être…

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   Image de l’adaptation cinématographique indienne de 2002, réalisateur: Sanjay Leela Bhansali.

Mais c’est compter sans l’incommensurable mal être de Devdas. Versatile, arrogant, parfois cruel, il est souvent mu par son instinct, ses coups de tête. Il le dit lui-même : « Parou, tu le sais bien, je ne suis pas bon avec les mots. Et puis, je ne réfléchis pas bien avant d’agir. En fait, j’agis d’abord et je réfléchis après… ». On l’envoie à la ville pour qu’il y reçoive une éducation à l’européenne et quand il revient, Parvoti a grandi. Embelli. Treize ans. Il s’agit de la marier. Il l’évite, l’ignore, imbu de lui-même, la repousse pour regretter aussitôt sa décision. Trop tard ! Humiliée par cet affront, la famille de Parvoti lui a trouvé un mari. Par ironie du sort, sa nouvelle condition sociale -elle devient l’épouse d’un aristocrate- la place bien au-dessus de Devdas qui, dès lors, va entamer une longue descente aux enfers…

Les derniers mots sont pour un narrateur anonyme qui s’invite à la fin du roman pour nous conter cette morale : « Néanmoins si vous rencontrez jamais un malheureux, un débauché et un pêcheur comme Devdas, alors priez pour son âme. Priez pour que, quoi qu’il advienne, personne ne meure de la même façon pitoyable que Devdas. La mort n’épargne personne. Mais qu’à cette dernière heure, le front du mort reçoive le toucher de doigts affectueux, que la flamme de sa vie s’ éteigne sous le regard d’un visage empli d’affection et de compassion, qu’il voie au moins une larme dans les yeux d’un être humain. Ce serait pour lui un bonheur suffisant au moment de son départ pour l’autre monde. »

Devdas, Sarat Chandra Chatterji, Editions Les Belles Lettres, collection La voix de l’Inde, 14,20 euros

2 réflexions sur “Indian song I: Devdas

  1. Bravo Carole pour cette chronique magnifique, j’espère juste maintenant que le livre est à la hauteur de tes mots ! j’ai presque le sentiment que tu pourrais faire la critique d’un annuaire en le rendant magique et poétique. Je plaisante, mais ce texte hors consensus et clichés me semble tout à fait séduisant, merci à la toile !

    Aimé par 1 personne

  2. Merci à toi, Martine, pour ce retour et je garde bien précieusement le petit carnet joliment graffé de devanagari….La divine citadine en sanscrit!

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