Je selfie donc je suis …

selfie

Les métamorphoses du Moi à l’ère du Virtuel – Elsa Godart -Éditions Albin Michel- 2016

Parlons du « Selfie » !

À moins d’habiter sur Mars, impossible de ne pas connaître ce mot, progressivement installé dans notre langage quotidien.
Elsa Godart, philosophe et psychanalyste, nous propose dans cet essai, une analyse parfaite, étayée et précise du « phénomène selfie ».

Le titre s’inspire de façon volontaire du fameux « Je pense donc je suis » de Descartes.

Le selfie, cet acte en apparence anodin, est une des manifestations incontournables de cette « Humanité 2.0 à l’heure du transhumanisme » sur le Net, les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Tinder,Twitter…)

Tout va vite, de plus en plus vite, et nous ne sommes qu’au début d’une gigantesque frénésie qui bouleverse la conception de l’espace temps, le « Hic et nunc » (ici et maintenant).

L’outil, parmi tant d’objets connectés que nous utilisons, est le smartphone. Tellement présent que l’on se demande parfois, comment avions-nous pu vivre sans !

De façon très méthodique et claire, Elsa Godart décrit le décor de cet environnement numérique qui est le nôtre désormais.

Elle passe tout au crible, de l’origine de cette forme d’image nouvelle (remontant aux sources, le mythe de Narcisse) qui veut prolonger l’éphémère et le faire durer.

Elle décrypte l’univers virtuel dans lequel, bon gré, mal gré, nous sommes immergés.

Et vouloir le nier semble vain.

Elle nous donne la possibilité de comprendre et de décoder « l’acte selfique » qui fige, transmet et donne une nouvelle vie à notre image.

Elle rappelle que la notion d’autoportrait n’est pas nouvelle, et l’Art nous propose de nombreux exemples. Mais la version « selfie » est une vraie mutation.

L’élément crucial et déterminant de son analyse du selfie est son immédiateté, sa fréquence, dans le but d’une diffusion partage, mais dont la caractéristique traduit  l’expression d’une immense solitude.
Le selfie est un paradoxal phénomène, « sacre de l’individualisme », car c’est une solitude qui exprime un manque fondamental, un étrange isolement qui pourtant a vocation de se tourner vers l’autre.

C’est l’expression de « l’altérisme », une notion qu’Elsa Godart développe en tant que réinvention du lien avec les autres.

Cet ouvrage est d’autant moins rébarbatif que chaque situation nous parle, nous interpelle… Combien de fois, à sa lecture, j’ai relevé le nez en pensant : « mais oui, c’est ça, c’est moi ! »
Elsa Godart ne décrit pas pour autant ce phénomène du 21 ème siècle sans s’impliquer directement : elle évoque la remarque faite à son encontre lors d’un dîner chez des amis, lui soulignant son usage personnel et fréquent des selfies sur Facebook.

Consciente de la nécessité de dosage, Elsa nous propose des clefs.

Si la publication de « Je selfie donc je suis » a été beaucoup médiatisée, saluée par les critiques, ce n’est pas un hasard. Elsa Godart est de cette lignée de philosophes de notre siècle qui utilise de façon novatrice les outils de communication qui nous sont proposés, et révèle une interactivité de plus en plus créative :

Tout comme Platon qui distinguait le monde sensible du monde intelligible, mais rappelait qu’il s’agit d’un seul et même monde, peut-être serait-il plus raisonnable de les accueillir simultanément, en acceptant de vivre à l’époque d’une réalité augmentée par le virtuel. (….) Que cette transformation nous inquiète, nous trouble, nous effraie ou nous attire et nous fascine, peu importe : il nous semble fondamental de commencer par l’accepter. Mais aussi, dans le même temps, de la penser.

 

Au-delà de l’image à laquelle le selfie fait immédiatement référence, j’en suis venue à une réflexion toute personnelle concernant les statuts publiés sur les réseaux sociaux.

Ne sont-ils pas eux-mêmes encore des selfies de notre pensée du moment, à l’instar du Bourgeois gentilhomme qui faisait de la prose sans le savoir, nous faisons bien plus de selfies sans le vouloir ?

C’est donc avec conviction que je vous invite à lire et surfer entre les pages de ce manuel du »comment vivre ensemble. »
Par Brigitte Ponthieu.

Je selfie donc je suis.  Elsa Godart  

(Les métamorphoses du Moi à l’ère du Virtuel )- Éditions Albin Michel  Juin 2016

16 euros

Du même auteur :

L’Être sincère – ANTR – 2006

Je veux donc je peux – Plon 2007 (Le Grand Livre du mois 2008, Pocket 2009 – traduit en polonais)

Au secours j’ai peur d’aimer – Plon 2007 ( Pocket 2009)

La Sincérité, ce que l’on dit, ce que l’on est -Larousse 2008

Edith Stein, l’amour de l’autre – Éditions de l’Œuvre  2011 (réédition Éditions du Toucan 2014)

Ce qui dépend de moi – Albin Michel 2011 -traduit en coréen

Être mieux avec soi-même – Michel Lafon 2012

Le Sentiment d’humanité – Éditions Ovadia 2014

 

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