Paradis amer.

paradis amer

Un roman bouleversant de tendresse, d’amour, d’émotion. Un récit splendide, né sur les ruines de l’enfer.

Note de l’éditeur.

Né Mogamed Fu’ad Nasif en Egypte en 1920 d’un père égyptien et d’une mère turque, il arriva alors qu’il n’était qu’un jeune enfant en Afrique du Sud avec ses parents, qui moururent de la grippe peu après, l’un juste après l’autre. Orphelin, il fut adopté et on lui établit une nouvelle identité. (Au cours de son existence, il changea cinq fois de nom.) Précoce, il écrivit son premier roman à dix-sept ans qui fut accepté par Hutchinson, la vénérable maison d’édition londonienne. Malheureusement, le livre n’eut jamais de lecteurs, car les bureaux de la maison d’édition furent bombardés pendant le Blitz, bombardement qui n’épargna que deux exemplaires de la première édition.

Envoyé combattre en Afrique du Sud dans la campagne d’Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale, il fut capturé à Tobrouk, en Lybie, et détenu dans les camps de prisonniers, en Italie et en Allemagne, pendant la durée de la guerre. Ce fut une expérience dont le souvenir demeura si vivace qu’elle devint le fondement du présent livre, écrit près d’un demi-siècle plus tard. Il est également intéressant de noter que durant sa détention il écrivit un roman sur la vie dans le camp qui lui fut confisqué par les gardiens lorsqu’ils en eurent connaissance.

À la lecture de deux lettres, Tom replonge dans des souvenirs jamais oubliés. Comment oublier ces années parqués, privés de toute dignité, de toute intimité, réduits à l’état de corps décharnés attendant la mort comme une délivrance.

Il écrit, enfin. Les détails, tous, des plus infectes aux plus tendres sont couchés sur le papier. À travers un récit nécessairement cru, l’enfer des deux camps dans lesquels il sera enfermé y est dépeint avec une délicatesse puissante, tout y est ciselé, rien ne nous est épargné, rien ne leur a été épargné. Une autre forme de vie s’installe, celle de la survie dans la crasse, les parasites, le froid, la faim, mais dans cet univers masculin, il semble capital de préserver sa virilité, de « ne pas en être. »

« Ne pas en être », comme cette folle de Tony, coiffeur, metteur en scène, costumier, qui obtiendra la permission de monter une pièce de théâtre dans un baraquement et d’y faire jouer Tom. Moment de grâce surréaliste.

Tom tolère Douglas près de lui. Douglas était infirmier avant et puis il est marié,c’est rassurant, mais il materne Tom à l’excès, il prend soin de celui qu’il a choisi comme ami, en se défendant de nourrir d’autres sentiments que ceux, amicaux et sincères, que peuvent lier deux hommes dans l’enfer. N’empêche… ses manières, ce chapelet dont il fait glisser les perles entres ses doigts à longueur de journée,cette incapacité à dire des grossièretés, tout cela irrite Tom au plus haut point. Il malmène Douglas, le repousse, refuse ses attentions, et finira par le congédier définitivement quand il lui faudra faire un choix.

Le choix se portera sur Danny, un anglais, marié lui aussi, donc qui « n’en est pas. » Mais s’agit-il d’un choix ? Les deux hommes ne cesseront de s’évaluer, de se prouver qu’ils sont des potes, de plus en plus proches, de plus en plus indispensables à la survie de l’autre,et ils n’auront plus peur de se blottir l’un contre l’autre dans le froid mordant de l’hiver, sur la même couchette.

Le soleil se couche, se lève et se couche de nouveau, et nous sommes toujours en vie même si nous ne songeons qu’ à la mort, luttons contre elle, puisque aucun ordre de bouger ne vient. Nos squelettes, que nous faisions semblant d’ignorer, commencent à apparaître, nos lèvres se fendillent comme de la vieille boue boursouflée et nos langues possèdent la tumescence dont nos sexes n’ ont plus besoin.

Le désir charnel a quitté les corps, trop épuisés, affamés, pour en ressentir les morsures. Et si les mains effleurent parfois l’autre, elles n’en ressentent que l’envie de la peau, de la tendresse, de s’accrocher à cet autre pour traverser l’enfer et l’espace de quelques instants arrachés à l’Histoire, en faire un paradis amer. 

Par Cathy Galliègue

Paradis amer. Tatamkhulu Afrika

Presses de la Cité. 

2 réflexions sur “Paradis amer.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s