L’homme en équilibre

homme 2

Perdre la vue pour y voir clair.

Je vais oser vous parler d’un roman sorti avant la rentrée littéraire. Quelle drôle d’idée… Quelle utilité ? risque-t-on même de me demander.

L’utilité d’en parler réside dans la qualité de ce roman, et peu importe sa date de naissance.

Utile, oui, parce que l’auteur a forcément puisé dans sa propre sensibilité aux choses de la vie pour écrire cette histoire diablement bien ficelée.

Le héros, Simon, est un homme qui a tout. Tout ce que l’on peut matériellement posséder. Il a tourné le dos à ses parents, des petites gens, des polonais qui ont bossé dur et vécu les fins de mois difficiles, il a amputé son nom pour le franciser et ainsi oublier tout à fait son passé et il a avancé, avancé, pulvérisant la barrière sociale, mué par une ambition démesurée de ne pas être un gagne-petit, de fuir la foule grouillante des hommes-rats, ne pas être de ceux qui triment pour moins que rien.

Il a réussi. Le virtuose de l’informatique est devenu le PDG d’une firme cotée en bourse, le monde lui appartenait. Kate aussi lui appartenait. Il a jeté son dévolu sur cette collaboratrice, cette irrésistible écossaise rousse, il l’a choisie et elle devenue sa propriété.

Il aura fallu un terrible accident pour que la course effrénée de Simon s’arrête net. Plongé dans le noir, il va se laisser aspirer par une vie amputée de tout ce qui faisait de lui un homme puissant.

Kate soutiendra à bout de bras l’homme dans son effondrement, elle assistera impuissante à sa lente destruction.

Jusqu’au jour où la lumière reviendra. Un miracle médical que sa fortune lui permettra d’acheter. Il verra, oui, mais que verra-t-il exactement ?

C’était toute la palette de nuances et de formes que Simon explorait là et auxquelles il n’avait jusqu’à présent jamais prêté la plus petite attention. Il avait le sentiment de s’être trouve emporté – toutes ces années durant, celles d’avant l’accident – par l’emballement d’un monde grouillant d’impatience. Un monde d’affaires ne laissant aucun espace à la délicatesse des sentiments. Un monde frénétique. Sans cesse en mouvement. Synthétique. Superficiel. Réservant à ceux qui se jetaient dans son ciel, l’illusion affabule d’exister plus haut et autrement.

Cette paire d’yeux venus d’ailleurs vont l’obliger à explorer ce qu’il n’avait encore jamais vu : lui. L’intérieur de lui. L’intérieur des choses, de la vie, de ces infimes choses de la vie qui font un tout dans lequel chacun de nous est absorbé sans en avoir la pleine conscience.

« C’est en dehors de soi que tout commence. » Cette phrase venue d’ailleurs va occuper ses jours et ses nuits. Sur un fil tendu entre la vie normale des gens normaux et son esprit qui prend le contrôle, l’attirant sans répit vers un ailleurs lointain, un ailleurs qui n’existe que dans ses yeux, Simon va cesser de lutter, il va se déshabiller, découvrir son âme, ne regarder que le beau, s’éloigner de la réalité des Hommes, et au risque de basculer, il cherchera l’équilibre.

Ce très beau roman questionne sur notre Monde, sur la vie que nous traversons trop souvent sans la voir, sur la normalité imposée comme étant la seule digne d’intérêt. Et qu’un visionnaire s’échappe de cette réalité, qu’il sorte des sentiers balisés de l’existence et on le traitera de fou.

L’homme en équilibre – Martial Victorain

Éditions Paul & Mike

Une réflexion sur “L’homme en équilibre

  1. J’attache une importance toute particulière à la Synchronicité.
    Un phénomène que nous constatons souvent, impuissants et qui nous dépasse parfois, improbable, alors qu’au final, il apparaît comme étant une évidence.
    La lecture du roman « L’homme en équilibre » de Martial Victorain fut tout récemment pour moi, la manifestation de ce phénomène.
    Je ne reviendrai pas sur le synopsis de cette histoire que Cathy Galliegue a su si bien détailler
    Ce que je tiens à développer ici vient donc en complément de son article :
    Simon, le personnage principal, a TOUT, effectivement :
    « Pour l’heure, il était encore au-dessus de tout, et de la mort pareillement. Il en avait la maîtrise. Il la contrôlait comme il contrôlait tout autour de lui, du moins le croyait-il, persuadé que jamais il ne serait putrescible. Que jamais il n’appartiendrait à la masse confuse et grouillante des hommes-rats. Que jamais il ne serait une de ces sales bestioles de laboratoire descendant les marches d’une bouche de métro. Que jamais il ne connaîtrait l’allée gravillonnée d’un cimetière ».
    Et quand le petit grain de sable, l’accident de voiture, vient tout remettre en question, détruire ces certitudes sur sa vie parfaite, alors une nouvelle façon d’exister s’imposera progressivement à lui.
    Pourquoi donc est-ce que je parle de Synchronicité dans ma propre existence, que la lecture de ce roman vient confirmer ?
    Après avoir lu « Fernand, un arc-en-ciel sous la lune », j’ai eu la conviction que Martial Victorain a cette capacité de nous inciter à la réflexion, au-delà de l’histoire qui lui sert de support. C’est à nouveau le cas ici. J’ai lu ce livre dans des conditions exceptionnellement « sur-mesures » lors de mon tout récent voyage en Guyane. Je l’avais emporté au cœur de la forêt amazonienne. Cette nature sublime qui m’entourait de sa luxuriante végétation, a participé d’une façon inouïe à l’éveil que j’ai pu ressentir en le lisant.
    Étrangement, l’histoire nous ramène également sur le continent sud-américain.Tout cela m’a rendue encore plus réceptive à cette réplique de Simon à sa compagne :
    « – ….. De l’illusion pure ! Nous ne sommes rien d’autre que des esclaves de nos propres illusions. La lumière est éblouissante en pleine obscurité, je t’assure. C’est là qu’elle prend son envol, nous révèle ce que nous sommes vraiment.
    – Et …que sommes-nous ?
    – The rats !! Des rats ! Rien que des rats. Voilà ce que nous sommes.  »
    Nous comprendrons vite pourquoi. L’auteur avec une écriture fluide, laisse nos esprits capter l’essentiel. C’est un vrai talent que possède Martial Victorain pour laisser une fois encore une trace après les mots des fictions qu’il décrit et qui nous emportent.
     » Combien devront-ils être encore pour que s’inverse le sens des aiguilles et que s’ouvre en grand la porte des étoiles ? Combien devront-ils être pour que l’équilibre soit atteint et que le désordre de l’humanité cesse d’encombrer les ciels de l’univers ?
    Nul ne sait.  »
    Je remercie Martial Victorain qui ne se contente pas de nous offrir un excellent moment de lecture. Il a cette capacité rare de nous laisser une suite qui nous appartient, riches que nous sommes de tous les questionnements qu’il suggère de façon si pertinente.
     » C’est en dehors de soi que tout recommence … »

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s