Un autre jour pour mourir

 

un autre jour

Carole Declerq  – 2016 –  Edition Terra Nova

Par Brigitte Ponthieu

Attendu avec impatience, le second roman de Carole Declerq ne dément pas les promesses laissées par la lecture de son premier « Ce qui ne nous tue pas … ».

Cette fois, nous suivons Stéphanie Rettner, une talentueuse violoniste de 27 ans.
La résilience a ceci de particulier qu’elle nous pousse à trouver le meilleur quand le pire nous atteint. Sa passion pour la musique sera le seul exutoire pour l’aider à sortir d’une ravageuse déception sentimentale avec le magnifique, charismatique et ambitieux pianiste Dimitri Vassilienko.

Dans sa quête de perfection de son art, elle va devenir boulimique de tout ce qu’elle pourra appréhender d’un violoniste de renom, Stéfan Fraundörfer dont elle découvre les enregistrements de 1947 à 1972 :

La musique, c’est la vie. C’est accepter de renouer avec ce qu’il y a de plus beau en nous. C’est vouloir repousser ce qu’il y a de laid ici-bas. C’est un balbutiement d’espoir. Le début d’une reviviscence. Mais le plus souvent, mon bras retombe, l’archet battant mollement mon flanc. Je détache de mon menton le violon pour l’écouter, lui, encore et encore, avec l’impression terrifiante que je ne sais rien et que je ne suis qu’un petit enfant qu’il vient de naître.

Mais c’est insuffisant, et elle mettra tout en œuvre pour que le talentueux virtuose retiré de la scène musicale depuis 15 ans, devienne le seul professeur qu’elle pressent lui être indispensable .
C’est à Vienne, la Superbe, qu’elle arrive à débusquer son futur mentor. Sa pugnacité vient à bout des réticences qu’il a à accepter de devenir son professeur particulier, seul capable  de parfaire sa technique.

Etrange personnage ce Stefan Fraundörfer, impressionnant septuagénaire, intransigeant dans l’enseignement drastique qu’il lui impose. Peu à peu Stéphanie le déloge d’une mystérieuse torpeur dans laquelle il s’est volontairement plongé.

La musique les rassemble jour après jour, autant qu’elle les éloigne par instants. Des instants que Stéphanie veut comprendre au travers d’une énigme qui lui tombe entre les mains par hasard. Elle le sait suspendu dans le temps par ce secret et se met en tête d’en savoir plus, et de l’apprendre, Lui. Ses recherches la transportent dans la Vienne bouleversée par la seconde guerre mondiale.

Avec elle, nous croisons Zweig, qui faisait partie de l’entourage proche de Stéfan, et dont l’empreinte laissée fut si forte dans cette Europe bouleversée et meurtrie.

Avec la minutie qui caractérise l’écriture de Carole Declercq, celle-ci soigne chaque détail historique, musical avec une aisance parfaite. Elle secoue nos émotions et il y a des pics qu’elle sait atteindre et nous emporter jusqu’aux larmes. Elle aborde la délicate relation qui peut naître entre deux êtres dont seule la différence d’âge est un obstacle. L’Histoire demeure à nouveau ce qui, de toute évidence, passionne Carole Declercq, et elle le prouve à nouveau. Mais elle évoque ici un thème particulier avec une approche sensible parfaitement réussie.

Lequel de ces deux hommes qui vont marquer sa vie, Dimitri ou Stéfan, sera capable d’apporter à Stéphanie la sérénité qui lui est vitale ? 

Quelle est cette part d’ombre qui retient Stéfan dans une existence suspendue dans le temps ?
Les notes de « La Chaconne – Partita n°2 » de Bach, sont la clef, la réponse à cette question. 

Alors vous saurez quel sens sublime et fort donner aux mots de Stéfan Zweig cités en référence dés la première page :

« Vieillir n’est, au fond, pas autre chose que n’avoir plus peur de son passé. »

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