Un bon écrivain est un écrivain mort.

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Et les « bons écrivains » vivants seraient surtout une poignée d’auteurs qui caracolent chaque année et sans surprise en tête des meilleures ventes de livres.


Une histoire bien balancée, un style abordable par le plus grand nombre, une prestigieuse maison d’édition, du marketing, de la pub, de la presse et l’objet livre du fameux auteur envahit les tables des librairies, laissant sur le carreau par centaines les inconnus, talentueux ou pas, pestant contre ce système germanopratin bien huilé qui ne laisse jamais la chance de leur vie aux écrivains auto-proclamés.

Tout le monde le sait, c’était mieux avant. 

Et un bon écrivain est un écrivain mort.

Mais peut-être qu’avant, les aspirants auteurs étaient moins nombreux, moins motivés essentiellement par le désir de célébrité qui semble, aujourd’hui, être le rêve absolu d’une vie. Être connu, aimé, reconnu, adulé si possible. 

Céline, Duras, Sagan rencontreraient-ils le succès aujourd’hui ? Parviendraient-ils à émerger de la masse des manuscrits reçus chaque année par les éditeurs ?

Les plaintifs désenchantés sont légion. 

À l’instar d’Aznavour qui se voyait déjà en haut de l’affiche, ce n’est pas leur faute mais celle du public qui n’a rien compris. Les incompris dégainent donc à l’envi sur un système forcément pourri, sur les auteurs qui ne méritent pas cet indécent succès, ils s’indignent, ils dépriment, quand ils pourraient s’attabler, travailler mieux, plus, ou changer de hobby.

Il faut accepter ce que l’on ne peut pas changer, on peut même en sourire. 

C’est ce qu’a fait Guillaume Chérel à travers ce roman truculent. 

Rebaptisant légèrement dix poids lourds des ventes de livres, il les convoque au monastère de Saorgue où Augustin Traquenard animera la rencontre avec le public.

Voici donc Frédéric Belvédère, Michel Ouzbek, Amélie Latombe, Delphine Végane, David Mikonos, Kathy Podcol, Tatiana de Roseray, Christine Lego, Jean de Moisson et Yann Moite, réunis par un hôte mystérieux, pour un exercice maitrisé à la perfection : parler d’eux et de leur dernière oeuvre à leurs lecteurs déjà conquis.

La soirée partira très vite en quenouille, après qu’Augustin Traquenard délesté de ses bonnes manières ait donné le coup d’envoi des règlements de compte. Ce petit monde se déteste cordialement habituellement, mais ce soir-là, tout dérape, les petites sentences assassines fusent et s’enchaînent jusqu’à l’intervention de « la Voix ».

Ça vous rappelle quelque chose ?

Aucun des invités n’a commis de meurtre, mais combien ont péché… Combien ont exploité la veine intarissable de la littérature facile? 

Nous voilà donc dans un joli pamphlet satirique, un remake bien d’aujourd’hui des Dix petits nègres d’Agatha Christie, modéré par une Voix qui nous rappelle que l’époque est à la tété réalité, à la malbouffe, aux politiciens mis en examen à répétition, aux débats sans fin sur le maillot intégral nommé burkini, à la littérature qui part à vau l’eau et aux célébrités qui se la pètent un trop.

«  Mesdames et messieurs, silence, s’il vous plait ! »

Tous tressautèrent.

Chacun regarda autour de soi, observa ses voisins et scruta les murs. Qui donc parlait ? La Voix poursuivit, haute et claire :

« Je vous accuse des crimes suivants…

Vous, tous ensemble comme un seul, et même ceux d’entre vous qui possédaient un certain talent au début, je vous accuse d’avoir surtout bénéficié d’une chance insolente et de réseaux d’aide incroyables pour vous hisser au firmament du monde littéraire pour finalement n’y briller que par votre vacuité, votre arrogance et votre prétention. »

Ça aurait pu être aigre, farci de bile, ça aurait pu être pénible. Ça ne l’est pas. C’est drôle, fin, et l’air de rien, les personnages plus vrais que les vrais y sont dépeint avec une certaine affection. Mais les costards y sont taillés sur mesure.

Il faut espérer qu’ils auront assez d’humour et d’intelligence pour ne pas tenir rigueur à Guillaume Chérel de ses petits coups de patte à leur endroit. La caricature fait partie du jeu de la célébrité. 

Mon petit doigt m’a dit que ce roman plait déjà beaucoup et je le comprends fort bien. J’imagine même un prochain opus, réunissant une belle brochette d’auteurs désespérés prêts à s’immoler devant chez Galligrasseuil si leur talent n’est pas enfin reconnu.

Un bon écrivain est un écrivain mort – Guillaume Chérel – Mirobole Éditions 

 

7 réflexions sur “Un bon écrivain est un écrivain mort.

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