La ballade de l’enfant gris.

baptiste

Ce n’est pas facile, pas facile du tout, d’entrer dans un roman par la porte d’un hôpital, et c’est encore plus difficile quand la seconde porte à pousser est celle des enfants malades, très malades.

L’auteur de ce roman est médecin, il connait la mélodie de la douleur mais rien à faire, il ne s’habituera jamais à la souffrance. Alors il écrit des livres, avec des malades, des médecins, des infirmières et des murs blancs. Mais les murs, il les barbouille de couleurs, il raconte des histoires et les vessies deviennent des lanternes, surtout quand la chimio distille à l’intérieur ses petites molécules voraces et incandescentes.

Dans ce service-là, un jeune interne s’appelle Jo’. Et Jo’ va faire la connaissance de No’, un petit garçon tout gris, tout engrisaillé de sa sale maladie qui lui bouffe son sang rouge. Le gros problème, bien plus gros que cette cochonnerie qui le tue, c’est que la mère de No’ ne vient vraiment pas souvent le voir. On la déteste de laisser son petit espérer ses visites, on la déteste mais on ne sait pas pourquoi elle vient si peu.

J’aurais voulu que quelque chose arrivât, un acte fondateur, éclatant, indubitable. Me sentir « être mère ». Un contrat, une voix divine, une injonction, n’importe quoi qui rendît mon intronisation incontestable. J’aurais voulu éprouver ce que je n’éprouvais pas : l’attachement, l’amour immodéré, l’évidence et l’instinct maternels, seulement rien n’arrivait. J’attendais, pleine d’espoir. Je te fixais, je te trouvais beau, ça oui, mais c’était tout, et ce n’était pas assez. 

Il y a aussi une infirmière qu’on déteste. Mais c’est normal, elle est là pour ça. Pour que la colère des petits patients gicle sur quelqu’un et qu’ils oublient leurs malheurs, un moment, le temps de la faire tourner en bourrique.

Jo’ va d’ailleurs donner de très bonnes idées à No’, ensemble ils vont lui concocter des farces assez jubilatoires. Tout est bon pour le faire sourire, le petit.

No’ va mourir. Il a 7 ans et il va mourir.

Alors Jo’ va lui raconter des histoires. Il va lui construire un arc en ciel au dessus de ses rêves pour qu’il parte sans avoir peur. Il lui expliquera comment on attrape le courage, il lui dira que la mort n’existe que si on y croit. Il mentira, tout le temps, parce que certaines vérités sont vraiment trop moches.

Un mensonge n’a aucun pouvoir en lui-même. Il devient important dès lors qu’on accepte d’y croire. Le mensonge est un acte coopératif. Et utile. Il sert à tout. Combler le fossé entre les souhaits et la réalité, par exemple.

Là, je me suis retrouvée dans La vie est belle, cette même folie poétique face à l’indescriptible horreur. J’ai vu Roberto Benigni, la main arrimée à celle du petit garçon, repeignant les murs de son avenir tout noir à grands coups de loufoqueries, de mensonges aussi tendres que la vie est dure, parfois, et comme le petit garçon, j’y ai cru.

Je suis partie avec Jo’ et le fantôme du petit No’, je les ai accompagnés dans leur long voyage, à la recherche du passé de cette maman trop absente. Les murs de l’hôpital ont valsé et de l’autre côté, en Italie, à Jérusalem, je les ai laissé me raconter l’histoire incroyable d’une mère brisée.

Là, les cils piquent sérieusement, l’émotion submerge tout, pas seulement parce que le petit est mort, mais parce que l’auteur va soulever très intelligemment et avec beaucoup de finesse le délicat problème du jugement que l’on porte sur les autres, souvent sans savoir…

Ce n’est pas un roman triste, c’est un roman plein d’espoir, qui nous invite à nous aimer mieux.

La ballade de l’enfant gris – Baptiste Beaulieu – Mazarine

Retrouvez les chroniques de Baptiste sur son blog, Alors voilà.

2 réflexions sur “La ballade de l’enfant gris.

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