Possédées de Frédéric Gros

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Par Carole Declercq

Loudun, 1632, le Diable rôde. Il porte son choix sur des servantes de Dieu, les religieuses du couvent des Ursulines. Convulsions et tremblements, propos obscènes, positions impudiques, rêves érotiques, stupre…

Il les atteint dans leur chair et dans leur tête. L’une d’entre elles, la supérieure, mère Jeanne des Anges, semble plus possédée que les autres. Possession avérée? Supercherie?

On s’empare de l’affaire: bourgeois de la ville, autorités administratives et religieuses. L’écho monte jusqu’à la cour. On s’effraie ou l’on rit. Que faire du Diable quand on a tant à faire avec Dieu? C’est que les fondations de l’Église tremblent. Nous sommes en pleine Contre-Réforme. Il faut donc régler cette affaire au plus vite. L’exorcisme désigne un bouc-émissaire idéal: Urbain Grandier, curé de la ville. Beau garçon, beau parleur, brillant et amoureux des femmes…Voilà trop de qualités pour un serviteur de Dieu.

Frédéric Gros réussit le pari de nous plonger charnellement dans cette France fanatique et à vif du XVIIème siècle. Nous sommes dans la peau de Jeanne des Anges, petite fille vicieuse, corps supplicié où les sens et l’âme s’affrontent…Nous sommes dans la peau d’Urbain Grandier, amateur de chair fraîche, esprit caustique et aiguisé qui soudain trouve la grâce du vrai amour…

Il découpe au scalpel les émotions et les doutes qui agitent ses personnages, demeure fidèle au déroulement implacable de l’affaire telle que les archives l’ont retranscrite tout en ajustant son écriture -moderne et élégante-aux mentalités de l’époque. Une réussite.

Possédées, de Frédéric Gros, éditions Albin Michel, 2016, 19,50 euros

3 réflexions sur “Possédées de Frédéric Gros

  1. Je viens de voir le film de Ken Russel, « Les Diables », sorti en 1971 et censuré dans mon canton, le canton de Fribourg, en Suisse, suite à l’influence du Clergé local. Bizarrement, le film n’a pas été censuré dans les cantons voisins. Film magnifique d’ailleurs, qui a traité d’une époque particulière. Attention, histoire qui date de 1632, j’ignore le contenu de l’ouvrage, mais les archives ne devaient sûrement pas parler d’érotisme, de petite ville vicieuse et de stupre… mais faut bien vendre…

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    • Bonjour Michel, oui, j’ai entendu parler de ce film mais pas vu encore. Elle en a fait couler de l’encre, cette affaire de Loudun. Bien sûr le parti pris de Frédéric Gros est romanesque. J’ai trouvé surprenant et séduisant qu’il adopte un côté très psychologisant quand il évoque l’adolescence de mère Jeanne des Anges (on peut parler de personnage sadique sans hésiter) et se montre d’une rigueur toute historique quand il fait le récit des derniers instants du curé (le procès, la torture, le bûcher). Bien sûr, les archives ne parlaient pas de stupre, on était dans un cas d’exorcisme réglementé par les instances religieuses avec les procédures que l’on sait (je les ai trouvées très farfelues, d’ailleurs!). Mais c’est un roman, pas un ouvrage d’historien…Bien à vous, Carole.

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