Les derniers jours de Rabbit Hayes de Anna McPartlin

rabbit

Par Brigitte PONTHIEU

Une toile cirée se doit d’être imperméable. Mais notre Toile Cirée vous prouve ici souvent qu’elle sait ne pas l’être quand les sujets ou les auteurs l’imposent d’eux-mêmes.

Pour « Octobre Rose », le sujet naturellement s’impose donc.
Avec « Les derniers jours de Rabbit Hayes », Anna Mc Partlin sait avec tact l’aborder.

Elle nous invite à partager, au début sur la pointe des pieds, puis de plein fouet, cette tranche de vie (et au-delà) de la famille Hayes, une famille irlandaise, forte, truculente, d’une énergie époustouflante. On traversera avec eux l’effet « rouleau compresseur » de ce crabe qui vient tout dévaster quand, insolent, il s’installe dans nos vies.

Sorti au printemps dernier, ce roman bouleverse, chamboule, secoue et nous broie.
J’ai eu du mal à venir vous en parler, tant je ne savais pas comment vous le présenter. Avec cette peur de faire fuir ceux que le sujet encore effraie (comme pour conjurer un mauvais sort ou par ignorance), ou de renvoyer à de vieux démons ceux qui le connaissent ou l’ont connu de trop près.

Et puis, NON ! C’est le plus naturellement du monde qu’il est impératif que je vous en parle et la pudeur s’installera d’elle-même, ni trop, ni pas assez.

 » Blog de Rabbit Hayes – 12 mars 2010 – Cancer 0 – Rabbit 1

J’ai gagné ! J’ai gagné ! J’ai gagné ! Le cancer est parti. J’ai reçu le feu vert ce matin, et je ne touche plus terre depuis. Juliet n’arrête pas de sauter sur place en chantant « YMCA », allez savoir pourquoi. Ma mère a pleuré, puis a mis ça sur le compte de la ménopause (Elle a soixante dix ans ! ). Mon père est tellement heureux qu’il a siffloté dans la voiture sur tout le chemin du retour, et quand le conducteur d’une Honda noire l’a klaxonné dans un rond-point, il lui a joyeusement fait un doigt d’honneur. Si vous connaissiez mon père, vous comprendriez à quel point cela ne lui ressemble pas. Et il a rigolé comme un gamin en le faisant. La vie est belle.(……) . Il faut que j’y aille – je mets ma plus belle perruque, ma plus belle robe et mes plus belles ballerines (note : penser à acheter des chaussures correctes), et je vais rejoindre ma mère et ma sœur au pub pour boire un coup, un vrai . Le reste de ma vie m’attend !

Rabbit Hayes. Terminé. Bisous à tout le monde. »

Ces lignes victorieuses laissent augurer enfin la fameuse sortie du tunnel …

Non, Rabbit Hayes, ce n’est pas fini…

Dans cette histoire en fait, ce n’est pas Mia Hayes (délicieusement surnommée Rabbit) le personnage principal. Ce sont plutôt tous les membres de la famille Hayes et les amis proches. Parce que lorsque le crabe s’installe, le malade lui, connaît plus ou moins vite et bien ce qui l’attend dans ce combat. Mais celui qui est parfois oublié c’est l’accompagnant, comme on l’appelle pudiquement aussi. Les ressources morales et physiques qu’il doit déployer ne sont pas forcément innées, spontanées, naturelles.

9 jours …. 9 jours à tisser ensemble autour de Rabbit, une incroyable toile de solidarité et d’amour… 9 jours où vont s’alterner la résignation, la colère, et aussi, et surtout, la résilience.

Chacun veut que Rabbit dépasse ces 9 jours. Pour sa fille, Juliet âgée de 12 ans, pour grignoter du terrain et poursuivre encore un peu cette vie qui la lâche.

On découvre ainsi en remontant ce temps que chacun veut retenir, tous ces liens qui les unissent, malgré les conflits, les différences.

C’est Molly, la mère de Rabbit, qui sera le moteur de cette énorme énergie familiale.

On rit, on pleure, on est choqué parfois, mais on se sent tellement vrai, identique souvent aux personnages qui s’agitent autour de ce lit, dans cette chambre qui sera la dernière.

Et étrangement, la fin de ce roman ne sera pas la fin de Rabbit Hayes.

Alors prenez ce tsunami d’émotion en pleine face, vous en sortirez grandis, et surtout vous saurez un peu mieux aussi comment « accompagner » et rester debout pour mieux le faire.

Ainsi les Malfauteuses apportent une modeste contribution à cet « Octobre Rose », ce mois de l’année qui zoome sur un fléau qui nous touche tous.

Les derniers jours de Rabbit Hayes   – Editions Cherche Midi – 2016

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