Lettres à Vovô de Patrick Malherbe et Djé Oussour

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Par Cathy Galliègue

Vovô a quitté la Guyane depuis 16 ans, à son cœur défendant mais pour soulager son squelette qui souffre, il pose ses valises à Paris, fini pour lui la vie en forêt, il s’installera dans un petit appartement bien loin de l’Amazonie qu’il aime tant, en pleine jungle urbaine, à Pigalle.

Seize ans qu’il n’a pas pris de nouvelles de Yahn, son petit protégé, son presque gamin resté en Guyane. Il lui a fait découvrir, jusqu’à son adolescence, les pièges et les trésors de la vie dans la nature sauvage. Il a attendu tout ce temps pour sortir une feuille de papier et lui écrire une première lettre. Le petit avait quinze ans la dernière fois qu’il l’a vu. Qu’est-il devenu si longtemps après ? Un homme, à coup sûr.

« Que deviens-tu mon Yahnou ? Tu te souviens, c’est ainsi qu’affectueusement je te nommais dans mes élans de tendresse paternelle. Tu disais gentiment Vovô, le papy des Brésiliens ; le grand-père de substitution que je suis vite devenu. J’étais inondé de bonheur d’être si proche dans tes sentiments. Il faut dire que j’étais le seul disponible. Tes vrais grands-parents vivaient en France et tes parents, trop pris par la vie citadine, n’avaient que très peu de temps à te consacrer. Tant mieux d’ailleurs puisque le plus souvent possible, ils te confiaient à moi pendant les vacances. Tu ne voulais pas aller en France dans ta famille. Ton amour pour la nature transcendait tout. Quel déchirement quand il a fallu que je parte. Cet échange épistolaire serait pour moi la transfusion de sang neuf indispensable aux soins de ma « guyanite », cette maladie orpheline textuellement transmissible par le vecteur des médias. »

La réponse ne se fait pas attendre. Une correspondance assidue commence, renouant les fils d’un passé jamais oublié, avec leurs souvenirs communs et cette tendresse infinie qui appartient à ceux que le temps n’égratigne pas.

L’un questionnera l’autre sur sa Guyane tant aimée et si loin de lui désormais. Qu’est-elle devenue ? L’autre lui racontera sa vie dans le Pigalle des écorchés de la vie. Toujours aussi révolté, Vovô, toujours éveillé et prêt à bondir au cou des injustices de notre société.

À travers ces lettres échangées, il sera question de la cohabitation entre les ethnies, de l’orpaillage, de ces mules qui embarquent chaque jour vers Paris, le ventre plein de rêve, de la forêt, souvent bien moins dangereuse et bien plus accueillante que la ville, de la nostalgie du temps passé, du terrorisme qui met à genoux une Capitale, pendant qu’en Guyane la vie est souvent douce et le sentiment de liberté toujours tenace.

Sur un ton parfois grave, parfois léger, ils auscultent la Guyane de leurs souvenirs et celle d’aujourd’hui, dans une joute de questions/réponses qui éveillent la curiosité, font parfois sourire et souvent réfléchir sur le poids inéluctable du changement qui n’entrave jamais le désir fou de retrouver la Guyane.

L’écriture est magistrale ! Les deux auteurs de ce magnifique roman nous happent littéralement, parce que ça ne fait pas que raconter, je vous l’assure, ça écrit terriblement avec les tripes et le cœur, sans rien de mièvre ou de déjà vu.

Ce roman est un énorme coup de cœur, une magnifique découverte que je vous recommande absolument !

Lettres à Vovô

Patrick Malherbe et Djé Oussour,

Éditions Ibis Rouge.

 

Cette chronique figurera dans une toute prochaine émission « Des livres et vous » par Cathy Galliègue sur Guyane 1ère.

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