Ils se dénudent pour vous…Les éditeurs passent à table sur la Toile Cirée.

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Vous avez le cœur battant. Vous l’avez lu et relu. Corrigé. Il est parfait. Hop, dans l’enveloppe! Avant même que ne vous parvienne une gentille lettre de refus, ne s’installe un silence éloquent ou ne retentisse le coup de fil libérateur qui vous rend euphorique, comment travaillent les éditeurs et directeurs de collection ?

Les Malfauteuses s’y sont collées. Elles ont passé à la question quelques éditeurs. Après une première série d’entretiens au printemps dernier, elles y retournent pour vous. Aujourd’hui c’est Bertrand Augier des Éditions ANTIGONE 14 qui a joué le jeu et pour vous se dénude. Une condition : le refus de la langue de bois.

Bertrand, parlons d’abord de vous. Quel est votre parcours ? Quand avez-vous fondé votre maison d’édition ? Pourquoi « Antigone 14 » ? Combien de romans publiez-vous par an ?

Les chats ont 9 vies, je me suis souvent dit qu’il faudrait que j’en aie au moins 2 – professionnelles, s’entend ! Prépas littéraires, DEA à la Sorbonne, Sciences-Po, expertise comptable… et la 1ère vie : 25 ans dans un cabinet d’audit et de conseil. Et puis un truc qui se déforme, quelque part dans l’espace-temps, une onde gravitationnelle qui gravite à l’envers, un champ de météorites qui passe… C’est le moment : entrée dans la 2ème vie ! Un peu le retour aux origines, les khâgnes à Janson, le Centre des Correspondances du XIXe siècle, à la Sorbonne, avec Madame Ambrière, des souvenirs indélébiles… Les livres, les textes, l’émotion… Le nom de la Maison s’est trouvé tout seul : être soi-même dans le monde, ne pas lâcher sur l’indépendance d’esprit, prendre ses risques, sans jamais renier ses principes. Antigone est certainement le nom qui ressemble le plus à un synonyme de « liberté ». Et 14 ? Tout ça se passe en 2014, et Giraudoux avait déjà pris « 38 »…Nous publions des romans et des essais. En rythme de croisière, nous visons 8 à 10 titres par an, avec une répartition essais / romans sans procédure ni certitude : le plaisir, la conviction, le hasard sont nos guides.

Vous privilégiez l’envoi par mail. Pourquoi ce choix ?

Plus pratique, c’est tout. Pas de papier, tous les manuscrits dans mon ordinateur qui ne me quitte pas, une modalité de communication à double-sens facilitée avec les auteurs… Et puis c’est plus efficace. Tout de suite se mettre dans la maquette cible, toujours essayer de ne faire qu’une manip’ là où on pourrait si facilement en faire 2, ou 3, ou 4…

Combien de manuscrits recevez-vous par mois ?

Octobre : 90. Septembre : 100…

Avez-vous un comité de lecture ? Si oui, comment fonctionne-t-il ? S’il n’est pas d’accord avec votre choix, comment cela se passe-t-il ?

Nous avons un Comité de Lecture qui fonctionne en entonnoir inversé, si j’ose dire… Je vois et lis tout (se reporter aussi à 2 questions plus bas !) Et ce que je pré-sélectionne, je le fais lire à 2 acolytes, qui ne sont pas des professionnels de l’édition, juste des… lecteurs. Je reste seul décisionnaire, mais j’écoute toujours beaucoup.

Comment effectuez-vous une sélection ? Quels sont vos critères ? Qu’est-ce qu’un bon texte à vos yeux ?

Pour faire une sélection, c’est assez facile : il suffit de se laisser porter par les gènes du bonheur, on en a tous au fond de nos cellules. On est devant un texte comme devant tous les événements de la vie : ça va de furieux à enthousiaste, de frustré à épanoui, d’ensommeillé à surexcité, de zéro à l’infini. Il peut arriver que tous les capteurs sensoriels, affectifs, intellectuels, physiques, tous ! soient, individuellement et collectivement au maximum. Là, c’est le grand flash blanc, c’est la musique dont tout votre moi secret rêve depuis que vos atomes existent – et ça fait longtemps ! – et qui soudain se joue, là, devant et en vous, c’est deux univers qui se flairent, se reconnaissent, et se disent « Tiens ! Si nous ne faisions plus qu’un ! ». Et vous êtes avec Léo, sur l’épaule d’Isabelle, avec Marianne, dans ces heures bleues qui ne tuent pas toujours, vous y êtes. En vrai, car tout le reste, l’ « autre » vrai, lui, il a bel et bien disparu… Les critères ? Émotion – le texte doit me remuer, tout sauf l’indifférence –, musique et couleur – la langue est essentielle, les mots ne sont pas le vêtement de la pensée, ils en sont le corps, et de l’émotion tout autant –, rythme – il faut sentir battre un cœur, sans rythme ce n’est pas la vraie vie, c’est (souvent) ennuyeux, ça sonne creux. Originalité ? Oui bien sûr, mais ça ne fait pas tout. Je ne suis pas un adepte de l’art pour l’art, plutôt de l’art pour l’Homme.

Lisez-vous entièrement les textes que vous recevez même si vous n’accrochez pas immédiatement après quelques pages ?

Non, je ne lis pas tout de tout… Mais il faut vraiment que les premières pages soient aux antipodes de ce que j’ai décrit ci-dessus pour que je ne tente pas de reprendre quelques pages plus loin, ou un autre chapitre. De manière générale, je fais un retour circonstancié aux auteurs qui nous ont fait l’honneur de nous adresser leur œuvre, une œuvre dans laquelle bien souvent ils ont mis énormément d’eux-mêmes. Tous les auteurs sincères méritent un respect absolu.

Vous recommande-t-on des manuscrits ? Lisez-vous automatiquement les textes des amis d’amis etc. ?

Oui cela peut arriver, mais il n’y a pas de passe-droit. Antigone n’aimerait pas ça…

Fonctionnez-vous au coup de cœur intégral ou acceptez-vous de jouer, de temps à autre, le rôle de directeur littéraire  en donnant des conseils de réécriture ?

Si je poursuis ma réponse à 2 questions supra, oui c’est dans l’esprit d’ANTIGONE 14 que de chercher à entrer dans un texte et à en ressortir toutes les suggestions, critiques, propositions possibles pour les mettre sur la table de l’auteur. Il en fait ce qu’il veut, parfois ça donne des discussions assez serrées parce que ses personnages ou ses situations, à l’auteur, quand je les lis, eh bien je me les approprie, je leur donne un peu de mon vif-argent, et j’ai envie de les voir encore mieux que ce que leur auteur les a faits – quand c’est possible ! Donc oui, je suis toujours force de proposition, c’est d’ailleurs la condition sine qua non pour que le job soit intéressant !

Avez-vous déjà refusé des textes qui ont été des succès d’édition chez un autre éditeur ?

Non. En revanche, si vous me posez la question inverse – si j’ai déjà accepté des textes… qui ont été des succès d’édition chez un autre éditeur – alors là la réponse est Oui. Mais très honnêtement, c’est un regret, bien sûr, mais compensé et au-delà par le plaisir de voir bien fonctionner un bouquin que j’aime. La seule chose qui me choquerait, c’est que le texte ait été modifié dans un sens que je considérerais ne pas être à son avantage, qu’il ait été déformé, dans un sens trop « flatteur » pour le goût présumé du public… La sincérité du texte est un élément déterminant.

Un grand merci à Bertrand Augier pour sa disponibilité et sa sincérité!

www.antigone14editions.com

bertrand.augier@antigone14editions.com

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