Ils se dénudent pour vous…Les éditeurs passent à table sur la Toile Cirée.

Vous avez le cœur battant. Vous l’avez lu et relu. Corrigé. Il est parfait. Hop, dans l’enveloppe! Avant même que ne vous parvienne une gentille lettre de refus, ne s’installe un silence éloquent ou ne retentisse le coup de fil libérateur qui vous rend euphorique, comment travaillent les éditeurs et directeurs de collection ?

Les Malfauteuses s’y sont collées. Elles ont passé à la question quelques éditeurs. Après une première série d’entretiens au printemps dernier, elles y retournent pour vous. Aujourd’hui c’est Gérard de Cortanze des Éditions Albin Michel qui a joué le jeu et pour vous se dénude. Une condition : le refus de la langue de bois.

Gérard de Cortanze

 

Gérard de Cortanze, parlons d’abord de vous. Quel est votre parcours dans l’édition ?

Un parcours qui est celui d’une vie. Editions de la Différence, Flammarion, Acropoles/Belfond, Hachette littérature, Ramsay, Plon. Je suis actuellement éditeur chez Albin Michel et dirige la collection Foliobiographies  (Gallimard) collection que j’ai créée en 2005 et qui compte aujourd’hui 140 titres.  Une anecdote : je suis le seul homme à avoir été directeur littéraire des éditions des Femmes…

Ne lisez-vous que les manuscrits reçus par la poste ? Si oui, pourquoi ce choix du papier ?

Je lis tout ce que je reçois. Qu’il s’agisse des livres envoyés par la poste ou par mail.

Pensez-vous que l’envoi des manuscrits par la poste est un moyen de présélection par le découragement si l’on prend en considération le coût de l’impression/reliure et de l’envoi ?

Non. Ce qui est décourageant ce sont les livres dont on sent dès les premières pages qu’ils ne sont pas nés d’une voix particulière.

Combien de manuscrits recevez-vous par mois ?

Une vingtaine.

Quel est le parcours d’un manuscrit à son arrivée chez Albin Michel ?

Lorsqu’un texte retient mon attention, je le mets en lecture puis le propose au comité de lecture.

Comment fonctionne votre comité de lecture ?

Chacun défend les livres qu’il aime. Tente de convaincre les autres. La difficulté majeure : choisir. C’est-à-dire refuser des textes parfois tout à fait publiables mais dont on sait qu’ils risquent d’être noyés dans le flot de livres qui chaque mois se retrouvent sur les rayonnages des librairies.

Sur la décision de publication ou de refus, qui est décisionnaire au final ?

Un livre n’est jamais publié sans que la maison toute entière ne soit derrière. C’est très important, cette volonté commune de défendre un livre.

Comment effectuez-vous une sélection ? Quels sont vos critères ? Qu’est-ce qu’un bon texte à vos yeux ?

Chaque éditeur a sa personnalité, son intuition, son appréhension de la réalité, sa sensibilité. Je ne publie jamais un texte que je n’aime pas profondément. Si je sens qu’il peut intéresser un autre membre du comité je le lui donne, libre à lui alors de le défendre.

Lisez-vous entièrement les textes que vous recevez même si vous n’accrochez pas immédiatement après quelques pages ?

C’est très rare que je ne lise pas un texte jusqu’au bout ; Mais il est aussi très rare qu’un très mauvais manuscrit au fil des pages devienne un chef d’œuvre.

Vous recommande-t-on des manuscrits ? Lisez-vous automatiquement les textes des amis d’amis ?

La chaîne d’amitié est très importante. Il ne s’agit nullement de passe-droit mais d’un éclairage opéré par un ami qui sait que tel ou tel livre peut vous plaire, que vous pourrez être sensible à telle ou telle écriture. L’édition n’est pas un métier  comme un autre. La dimension humaine est très importante. Le livre n’est pas le fruit d’un travail hors sol. Il y a toujours une vie derrière un livre. L’un ne va pas sans l’autre. Je suis très sensible à cet aspect des  choses. Mais je n’oblige personne à souscrire à mon point de vue ; Chaque éditeur est libre de publier ce qu’il entend. Et il y a autant de livres, d’écrivains que de lecteurs et de lectrices. Je suis quelqu’un de très ouvert, de très tolérant ; l’important est que le livre et la lecture perdurent.

Fonctionnez-vous au coup de cœur intégral ou acceptez-vous de jouer, de temps à autre, le rôle de directeur littéraire en donnant des conseils de réécriture ?

Les deux. Un éditeur est là pour lire, donner parfois des conseils de réécriture. Mais je me vois davantage comme une sorte de sage-femme qui aide l’auteur à accoucher de son texte plutôt que comme un chirurgien adepte du lifting. J’ai toujours pensé qu’un écrivain digne de ce nom savait pourquoi il écrivait et comment il écrivait ; On peut vivre sans écrire. Publier des livres n’’est pas une obligation. Ne rend ni meilleur ni plus sage.  Ecrire ne  confère pas un statut particulier, ne  place pas au-dessus des autres. La déification de l’écrivain est une absurdité. Il y a mille formes de sagesse, mille formes de savoirs. Le savoir du boulanger, le savoir du potier sont aussi importants, essentiels à l’homme que le savoir du professeur ou du créateur ;

Avez-vous déjà refusé des textes qui ont été des succès d’édition chez un autre éditeur ?

Non. Mais cela n’a rien d’extraordinaire et personne n’est à l’abri de ce genre de mésaventure. Mon deuxième roman a été refusé par un éditeur qui trouvait que le personnage féminin  autour duquel se nouait l’action n’était pas assez développé. Le même livre  a été refusé par un second éditeur qui trouvait que ce même personnage féminin prenait trop de place.

Un troisième l’a publié. Il s’est vendu à 25.000 exemplaires et a été traduit en 18 langues… Il a été pris en livre-club, en collection de poche, et 3  adaptations cinématographiques ont été signées qui n’ont malheureusement pas donné lieu à un film.

Quels conseils donneriez-vous à un primo-auteur qui souhaiterait vous soumettre son texte ?

Me l’envoyer sans plus tarder !

Un grand merci à Gérard de Cortanze pour sa disponibilité et sa sincérité !

Et un merci plus personnel à mon cher éditeur qui m’a offert l’immense bonheur de rejoindre la belle famille Albin Michel ! 

4 réflexions sur “Ils se dénudent pour vous…Les éditeurs passent à table sur la Toile Cirée.

  1. Pingback: Je vais vous raconter comment j’ai écrit ma première ligne. | La Toile Cirée

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