Entretien avec Baptiste Beaulieu du 5/12/2016 « Un petit café, Docteur ? »

 Par Brigitte Ponthieu


« Alors voilà … », après l’avoir brièvement rencontré lors d’une dédicace de son nouveau roman « La ballade de l’enfant gris » dans une librairie de notre Ville Rose, puis ensuite à la Foire du Livre de Brive, j’ai donné rendez-vous à Baptiste Beaulieu pour le cuisiner un peu « façon Malfauteuses » .

Pour notre Toile Cirée, en cette fin d’année où le trouble s’installe, ce médecin/écrivain ou écrivain/médecin est celui qui nous livre le mieux malgré de bien compliqués constats, son espoir en l’humain. Il n’a de cesse de le distiller par des écrits (romans, blog), des vidéos sur le Net qui résonnent de plus en fort.
Et j’ai surtout voulu que cette rencontre soit un peu différente de ses déjà nombreux passages médiatisés :

Il est 9h30, Baptiste est à l’heure. Et oui, un médecin à l’heure quand il le peut, ça existe !
Ce sacré vent d’Autan rafraîchit un peu cette belle matinée, et ne nous dissuadera pas de nous attabler en terrasse (les parasols chauffants aident à parfaire l’illusion d’un hiver pas si froid que ça!) .

L’engouement actuel des « directs » sur les réseaux sociaux m’avait incitée à lui suggérer cette formule pour notre rencontre. L’important pour moi était surtout partager un échange dans toute sa spontanéité, sa sincérité, sans artifice. A cela Baptiste, homme avant d’être médecin ou écrivain, a exprimé sa volonté cette fois de ne pas se sentir « en représentation ».
Touchée par la confiance qu’il donne à cette entrevue, c’est avec plaisir que je respecte ce choix d’une conversation autour d’un café.

Il évoque d’abord ce qu’il nomme son « syndrome d’imposture » :

Jeune médecin à 27 ans, les capacités professionnelles étaient acquises, mais son image n’avait pas suivi. Il faut avoir aussi le physique qui rassure pour exercer, pour donner du poids aux conseils, aux diagnostics, aux prescriptions. Et le physique de jeune gringalet n’aide pas vraiment (les a priori sont tellement déterminants et tenaces de nos jours). L’apparence n’est pas toujours l’alliée des compétences. C’est parfois un beug sur la carte de visite. Alors Baptiste use de tous les subterfuges à sa portée pour appuyer la crédibilité de ses rapports avec ses patients parfois méfiants (barbe, lunettes … pour faire « sérieux »), pour rassurer surtout.
Et quand en plus d’être médecin, il découvre le plaisir, la nécessité d’écrire, d’exprimer son quotidien (vraie découverte pour beaucoup ), il réalise avec peine la notoriété qu’il a acquise dans une humilité sincère. Et le « syndrome d’imposture »repart à l’attaque.

Ses écrits, sa « sécrétion mentale » comme il les nomme, n’avaient pas pour but l’ampleur qu’ils ont pris. Il est indiscutablement porté par une incroyable énergie, un don de soi, et redoute chaque matin qu’ils aient disparu . Un challenge qui le dépasse et le nourrit à la fois.
Je lui demande ensuite d’évoquer ce qui aurait été pour lui raté dans toutes les interviews qu’il a données, ce qu’il n’aurait pas eu l’occasion d’exprimer et qui lui tenait pourtant à cœur.
Pour la sortie de « La ballade de l’enfant gris » , je lui fais remarquer que régulièrement ce n’est pas l’écrivain sur son roman qui s’exprime mais très vite et systématiquement, le médecin d’une empathie bluffante qui nous emporte dans une de ses anecdotes vécues et parfois bouleversantes avec ses patients.

Revoilà mon syndrome d’imposture, dit-il : « je fuis ce rôle d’écrivain en parlant de ce que je connais le mieux : la vie de mes patients et ce qui la touche au corps et à l’âme aussi »

Pour ce roman, il regrette de ne pas avoir eu suffisamment la possibilité d’exprimer le vrai thème de son livre.

Il y a certes la mort d’un enfant avec tout ce que cela comporte de douleur, de « déchirure ». Mais c’est surtout à la mère qu’il voulait donner l’importance du sujet.

Un plaidoyer pour ces mères qui ne souhaitent pas l’être, et tellement en quête d’aide dans cette vraie souffrance. Un déni qui existe 4 fois sur 5, me dit-il !

Notre société ne reconnaît pas ces mères indignes, les gomme, les étouffe : impensable de ne pas parvenir à être mère avant tout !

Sa démarche qu’il traduit si bien dans son livre, est de comprendre et briser cette solitude dans laquelle le jugement des autres(encore lui ! ) les plongent. Comprendre que ce rejet de l’enfant, violent parfois, n’aboutit quasiment jamais aux passages à l’acte que l’on peut redouter. Et il s’agit là d’une vraie pathologie encore occultée aujourd’hui.

Pourtant l’OMS qui a tout récemment décrit « l’état de bonne santé », met l’accent sur une conjugaison nécessaire d’un bien-être à la fois physique, moral et social.

J’ai été très émue par cette incontrôlable passion, cette sincérité profonde que dégage Baptiste. Aujourd’hui, où il ne souhaite pas être « en représentation », j’ai perçu aussi sa lassitude concernant certains retours, fort heureusement pas unanimes, qui viennent ponctuellement grignoter cette énergie.
Son métier lui a imposé d’adopter un recul nécessaire, mais il prend conscience de devoir encore faire plus pour combler les failles d’une sensibilité qui sera toujours la sienne.

Le temps de cette interview a très, trop vite, passé et j’ai du, la mort dans l’âme, rendre le Docteur Beaulieu à ses consultations, en souhaitant très fort qu’il y ait beaucoup de Dr Beaulieu sur Terre.

Les Malfauteuses le remercient de tout cœur de nous permettre de l’associer à notre message d’espoir pour l’avenir, tellement nécessaire.

Sans aucun doute, ce café avait un arôme très particulier !

Et pour revenir en images sur « la ballade de l’enfant gris », la chronique de Cathy Galliègue sur Guyane 1ère : https://latoileciree.wordpress.com/2016/10/19/la-ballade-de-lenfant-gris/

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