Seules les bêtes.

colin

Seules les bêtes. Et seuls les hommes. De cette solitude qui vous colle froid aux os, qui bouche l’horizon et vous cloue à jamais à un destin qu’il faudra bien accepter. Puisque le choix n’est pas prévu au programme.

Dans ce coin de nature sauvage, presque désertée, survivent encore quelques paysans qui ont vu les fermes alentours devenir des résidences secondaires pour Parisiens en manque d’air pur. Ils résistent dans le silence assourdissant d’une vie vouée à leurs bêtes. Ils répètent chaque jour ces gestes reçus en héritage maudit, il n’y a rien d’autre à faire. Et se taire.

Une femme a disparu. Elle partait randonner vers ce plateau presque inhabité. C’est l’hiver, celui de là-bas, qui impose sa loi et entrave les recherches.

Nous voilà plongés dans l’intimité de cinq personnages qui se répondent sans le savoir. Chacun sa voix, chacun son histoire, chacun sa solitude, chacun pensant contrôler son existence à défaut de l’aimer.

Tu continues à regarder sans bouger de ton caillou. C’est pas juste dans ta tête, c’est un truc que tu ressens vraiment à l’intérieur de toi. Tu sais que si ici, au milieu du causse et de tes animaux, tu ne te sens pas bien, ça veut dire que dedans, ça sera pire encore. Et alors, tes brebis, tu te mets à les détester comme c’est pas permis. Tu sais qu’elles n’y sont pour rien, que c’est toi qui les élèves et pas l’inverse, ça change rien. Tu les détestes parce que t’as personne d’autre à détester.

Et de l’amour, il en sera question. Une quête inavouable, un besoin vital dont chacun des protagonistes a été privé. Alors tout s’imbrique, se répond, le sordide devient presque compréhensible, et l’homme devient une bête en recherche éperdue de l’impérieuse nécessité d’exister.

Un marionnettiste tire les ficelles et perd les pédales. Il croyait maîtriser le jeu, loin, très loin de là, mais il s’enfermera dans son propre piège, comprenant trop tard que le battement des ailes d’un papillon en Afrique peut provoquer un ouragan dans un petit coin paumé en France.

On nous dit que Seules les bêtes est un roman choral. Il l’est, c’est vrai. Servi par des voix en canon d’une impressionnante justesse, par un regard presque journalistique sur une société des oubliés et par une histoire, des histoires qui tiennent du début à la fin le lecteur en haleine.

Parce que chaque personnage a droit au chapitre, parce que la solitude est mortelle.

Seules les bêtes – Colin Niel – Le Rouergue

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