Le silence des rails de Franck Balandier

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Alors qu’est annoncé comme l’une des publications majeures de la prochaine rentrée littéraire le nouveau roman de Franck Balandier, Gazoline Tango, aux éditions du Castor astral, il me semble urgent de vous parler du Silence des rails, roman paru en 2014 aux éditions Flammarion, que j’ai lu voici quelque temps. Je me dis que l’évocation de l’un ne manquera pas de vous mettre l’eau à la bouche et de vous donner l’envie de découvrir l’autre.

J’étais fier de mon triangle rose plus imposant que leur géométrie jaune. 17 cm de côté, le triangle. Le meilleur de tous. Une manière de nous identifier. Nous signaler. J’aurais dû me méfier. J’aurais dû compter les coups de crosse. Organiser des concours. Nous étions tous des victimes. Certes. Mais qui souffrait le plus? Existe-t-il une échelle de la souffrance lorsqu’on en arrive là?…

Au royaume de la douleur et de l’abomination, le triangle rose n’est pas mieux loti que l’étoile jaune. Étienne Lotaal en sait quelque chose, lui qui, parce qu’il est homosexuel, est interné au Struthof en 1942. Nous assistons à sa longue descente aux enfers. Parce parce qu’il est un cul, il est violé, parce qu’il est un corps, il est mutilé, parce qu’il est un cœur, il est brisé. Réduit à néant. Les mots eux-mêmes ne sauvent plus. Bien au contraire.

 La mort au bout du vocabulaire, les mots, c’est de la viande oui, du mou pour les chats.

Devenu cobaye, nourri aux injections, il attend la mort.

J’ose encore demander de quelle race je fais partie(…) le rose me va si bien, mais de quel mal je souffre encore après avoir tant souffert, qu’ai-je encore à découvrir de ma souffrance et de la mort qui m’attend?

Mais il a du pot, Étienne. Il en réchappe. Ça  étonne tout le monde, même la gentille infirmière qui lui inocule la mort et qui est presque déçue de ne pas pouvoir mener le protocole à son terme. Elle doit se carapater. Les Alliés arrivent.

Dans un mauvais français, elle m’explique que j’ai eu finalement de la chance. D’habitude, les « triangles roses » ne font pas long feu ici. « C’est le cas de le dire ». Elle rit de sa plaisanterie.

La narration, précise, réglée à la virgule près, colle au destin d’Étienne. Elle est émaillée de moments d’introspection touchants et glaçants à la fois. On sent qu’un mot n’en vaut pas un autre pour Franck Balandier. Que j’aime cet art de l’horlogerie! Voilà qui est de bon augure pour la rentrée littéraire…

Le silence des rails, de Franck Balandier, éditions Flammarion, 2014

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