Qu’il emporte mon secret

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Ce livre, je ne voulais pas le lire. Sur le viol, tant de choses ont été dites. Mais j’étais attirée comme un aimant par les critiques dithyrambiques, par la personnalité aussi de l’auteure.

Dans mon lit un soir, sur ma liseuse, j’ai lu un extrait. J’ai été happée, instantanément. J’ai passé quelques heures de ma nuit sur ce roman.

Les autres heures, avant le jour, je les ai passées à y penser, en me tortillant une mèche de cheveux.
Tant de talent, est-ce possible ?

Sur le viol, tout n’avait pas été dit. Sylvie Le Bihan n’y avait pas mis sa patte, n’avait pas retourné le sujet comme un gant qu’on jette à la face du mal.

J’imagine assez bien qu’il lui fallait cette distanciation, créer Hélène, écrivain à succès, pour être la voix de l’indicible.
Mon coeur flanche toujours pour un style. Le sien, celui de l’auteure, je ne le connaissais pas. J’y suis entrée cash, à travers un angle cinématographique, cru, masculin presque et tout à fait inédit.

Il y a la juste distance qu’il faut aux mots de l’horreur pour s’exprimer à travers une lettre.
Parce que ces choses-là ne peuvent être dites avec la bouche. Il faut les doigts, qui courent sur le papier, dans l’urgence sur une histoire d’amour déclinée, il faut un réceptacle qui restera muet, qui ne pourra que lire et s’incliner.
Il faut une victime, une autre, qui restera les bras ballants et le coeur déchiré en lisant la déclaration d’amour ultime à un amour qui ne peut exister.
Et muette, je l’ai été.
Je n’en ai dit qu’une chose, juste après : le contre-coup du coup de la secousse.
Ce livre, c’est ça.
Un 14 juillet, quelque part, une jeune fille a été ruinée. Il me sera impossible, désormais, de ne pas penser à elle le 14 juillet.
Tout a été dit sur ce roman, mais moi, là, je remercie Sylvie Le Bihan.

La mémoire dégoupillée, en sommeil, ne laisse en vie qu’un être de surface. Le corps n’a plus d’importance, il est objet.

En créant ce magnifique objet-livre, le corps massacré revient à la surface. Il n’est plus objet, il est vivant, il est sublime, aimant, et il parle. Il peut exister, elle en est la preuve.

Et le corps renaît.

Qu’il emporte mon secret – Sylvie Le Bihan – Le Seuil

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