Les petits poissons.

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Comment être insoumise quand rien ne nous arrête, rien ne s’oppose ?

Il lui aurait fallu une poigne, à Virginie, un mur à démonter ou à franchir. Une poigne paternelle, disons-le. Mais elle n’a eu qu’un couloir à traverser, un portail à ouvrir et croire que la liberté se trouvait là, au delà de sa vie d’enfant de bourgeois.

La poigne paternelle inexistante, elle ira la défier à Paris, jetant aux yeux et aux mains d’inconnus sa beauté juvénile, désabusée, déjà. À la manière de Bardot, elle s’en fiche. Elle s’en fiche pas mal, d’eux, les hommes. Paul, bien sûr, l’a un peu secouée. Paul et Virginie. Sans déconner ?

Histoire d’une escapade dans une vie rêvée dont Virginie sait que cette vie ne sera jamais à la hauteur de sa rébellion. Quelle rébellion ? Plus rien n’existe, à vingt ans, aujourd’hui. On se sauve et puis c’est tout. On se sauve mais la vie ne nous apprend rien.

Une jeune fille, belle comme le jour, pourrait bien sûr choper de gros poissons, assurer l’avenir et marcher dans les pas de sa mère. Ou relever la nacelle et se délecter des petits, frétillants, insignifiants, mais jolis et sans conséquence.

Le vouvoiement pendant l’amour, le tutoiement dans la vie et vice versa. Tous deux sur le fil, entre coup de foudre et passion mort-née, n’ont toujours pas trouvé le moment de se dire bonjour et au revoir. Ils se taisent, somnolent main dans la main, habillés, sur la canapé. Entre eux, refroidit l’assiette de spaghettis et dans la rue, le ballet des projecteurs protège le Ministère de la Défense.

Dans les bras d’un homme célèbre, elle continue de s’en balancer.

Et son père fiche le camp, il abandonne le foyer, s’envole, se rebelle, lui aussi. Virginie lui a couru après, elle s’est essoufflée, est arrivée trop tard. Il est parti. C’est fini.

Rive gauche, là où on vote à droite, il y a l’écrivain connu, Lazare, la séance de signature, l’appréhension de Virginie. Comment fait-on dans ces endroits-là ? 

Le Flore, La Closerie, tout le petit monde germanopratin s’ouvre à Virginie, qui continue de faire la grande, qui sent bien que ce qu’elle a repoussé lui revient en boomerang. Autre monde mais codes similaires. Sourire. Être belle, ne point trop en dire. Que dire, d’ailleurs, quand on sait tout des hommes mais qu’on est trop jeune pour le dire ?

Et si Virginie n’était pas née à la bonne époque ? Et si l’auteure lui offrait sa voix, son écriture insolemment maitrisée pour affirmer que les petits poissons, assurément, étaient plus beaux avant ? Finalement, l’insoumise en fourreau rouge sera la femme de… Prédestinée, marquée au fer rouge, au bras de… au bras d’un gros poisson.

Les petits poissons – Marie Céhère – Pierre-Guillaume De Roux

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