La Tresse de Laetitia Colombani – Editions Grasset

Depuis sa sortie en mai 2017, j’ai entendu souvent revenir le titre de ce roman et comme il m’arrive parfois de me méfier des engouements littéraires, je l’ai laissé être distancé par d’autres lectures qui me tenaient plus à cœur.

Mais finalement, c’est ce titre même qui m’a intriguée et poussée à plonger dans une histoire aussi banale qu’incroyable, le récit du destin de trois femmes unies à leur insu, avec pour seul point commun un magnifique courage, celui de femmes qui refusent d’être objet, victime ou faire-valoir. 

Smita la première, est une malheureuse intouchable qui vit en Inde. Elle «ramasse la merde des autres à mains nues». Elle refuse de voir un jour sa fille de 6 ans reproduire «les gestes des videurs de toilettes» et l’embarque dans un périple ferroviaire afin de faire une offrande à Vishnou.

Giulia, la deuxième est une jeune Napolitaine amoureuse d’un bel exilé sikh, qui se retrouve malgré elle, à la tête de l’entreprise familiale qui fabrique depuis un siècle des perruques avec des cheveux importés de Sicile.

Sarah est la troisième, une wonder woman quadragénaire domiciliée au Canada, qui tente de cacher son cancer à ses collègues, comme elle avait dissimulé ses grossesses, pour poursuivre sa brillante carrière d’avocate ambitieuse et impitoyable.

La Tresse ! Pourquoi ce titre ?
Pour faire une tresse, il faut trois mèches n’est-ce pas ?
C’est l’épopée de ces trois mèches que tour à tour Laetitia Colombani nous fait partager. Des existences si différentes que l’on ne comprend pas vraiment où l’auteur nous emporte.

Et c’est une bouffée d’énergie puissante et lumineuse qui nous submerge au fil des pages, dans un style sobre, où le récit de la vie de chacune s’enchevêtre avec talent avec celle des deux autres, à des milliers de kms de distance, façon «destins croisés» à la Lelouch (des traces évidentes de la formation de cinéaste de l’auteur).
Je ne vous dévoilerai rien de cet héroïsme au quotidien si bien décrit, pour mieux vous laisser surprendre par la fin.
Chacune de ces
trois vies est «de mèche» et participe à l’existence de l’autre.

C’est aussi l’évocation de l’incidence du cancer sur la femme : «Un homme rasé peut être sexy, une femme chauve sera toujours malade». A tous les combats auxquels une femme est confrontée, celui-là en est un autre, encore plus pervers.

A une époque où le repli sur soi et la peur de l’autre dominent, il est bon de rappeler que nous ne sommes pas seuls. Que tel l’effet papillon, chacun de nos actes peut avoir une conséquence à l’autre bout du monde.
Rien d’étonnant alors que ce récit ait fait sensation à la Foire du Livre de Londres en mars dernier. 16 pays ont déjà acheté les droits de traduction. Et il fut le lauréat du Prix Relay des voyageurs lecteurs. https://voyageurslecteurs.fr/prix-relay/

Pour ce magnifique exemple de rébellion contre la fatalité, ce roman mérite effectivement le succès qu’il connaît.

 

La Tresse – Laetitia Colombani – Editions Grasset (mai 2017)

2 réflexions sur “La Tresse de Laetitia Colombani – Editions Grasset

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