Écrire un roman, c’est bien. Mais pas suffisant.

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Avertissement avant la suite : J’emploie ici une écriture spécifique au format blog, c’est à dire un peu légère, branchouille, spécialement élaborée pour avoir plein de vues (et même comme ça, c’est pas gagné * pourquoi veut-on avoir des vues ? Je ne sais pas, encore une question d’ego, sans doute ), tout à fait éloignée de mon écriture romanesque. S’adapter au format et à l’objectif, ça s’appelle.

Lorsque j’ai mis un point final à mon premier roman, j’ai eu cette impression plutôt agréable, non, complètement folle, un peu comme l’alpiniste qui se paye l’Everest pour la première fois, une ivresse de l’altitude, un very good trip, l’achèvement d’un défi auquel vous-même ne croyiez pas, au début.

Vous aussi vous avez vécu ça ? Je sais, c’est fou.

Un roman, c’est un énorme boulot. Ça prend la tête, le temps, les nuits, ça vous prend tout. C’est une sorte de Graal : écrire entre 200 et 300 feuillets, se relire, faire chier la terre entière avec l’oeuvre avant même qu’elle soit née, puisqu’il n’est absolument pas certain qu’un éditeur mouillera sa chemise pour la publier. Faire chier, donc, puisque personne n’y croit à part vous.

Dans le meilleur des cas, ce qui fut le mien, un bel éditeur vous publie.

Mais.

Vous pensez peut-être qu’avoir écrit un roman, être publié, c’est une super performance et que vous pouvez vous satisfaire de ça. Vous vous trompez. Je me suis trompée. Écrire, m’sieurs dames, ça s’inscrit dans la durée.

J’explique : Pour qu’un éditeur vous publie, il faut qu’il sente ( et ils sentent très bien ces gens-là ) que vous possédez le potentiel, la fibre, le truc qui va le pousser à miser sur le cheval qui sort de nulle part. L’outsider, en somme.

Vous avez donc écrit un roman et vous vous dites, assez légitimement « Je l’ai fait, c’est fait, j’y ai passé un an, je sais pas comment font les autres, mais moi, j’ai tout donné ».

Je suis donc au regret de vous dire qu’un bouquin ne suffit pas. Il ne devrait pas vous suffire.

Pourquoi ? Parce qu’on naît écrivain, on ne le devient pas. 

Et là, je vois vos sourcils qui se lèvent, indignés « pour qui se prend-elle, celle-là? » Pour rien, et sûrement pas pour un écrivain, une écrivaine (vous choisirez selon votre sensibilité inclusive).

Non, je ne me prends sûrement pas pour ceux que je vénère. Sûrement pas pour les grands écrivains qui nous embarquent, roman après roman, qui nous ont à coup sûr donné l’envie de nous frotter à cet art ingrat, mais pas tant que ça puisqu’il y a aujourd’hui de la place pour tout le monde. Il a ceux qui écoutent Jul et ceux qui entendent Bach. La marge est immense, chacun peut s’y glisser et chacun trouvera son public. À condition de ne pas s’arrêter à un roman.

Quel que soit votre « créneau », Jul ou Bach, vous devez être né écrivain, peut-être sans le savoir, et avoir découvert après ce premier roman qu’il est tout à fait inconcevable de ne pas en écrire un autre, de ne pas y passer le reste de votre vie.

Cela veut dire que vous ne vivrez pas, à moins d’un miracle, de vos droits d’auteur. Vous devrez cumuler un job salarié et l’écriture pendant vos rares temps libres. Pour votre information, vos droits d’auteur, au mieux, représenteront 10% du prix brut du livre, je vous laisse faire le calcul. Ces droits vous seront versés grosso merdo un an après la publication. Si droits il y a, déduction faite de l’éventuel à valoir.

Vous entretiendrez donc avec beaucoup d’abnégation surtout pas mercantile ce pour quoi vous pensez être né quand votre famille vous dira, gentiment au début, que vous feriez mieux d’aller aux champignons ou à la plage, d’être un peu présent. Très vite, ça deviendra moins gentil.

Encore une chose : Vous n’êtes pas seul à écrire. Vous n’êtes pas seul à rêver de célébrité. Les auteurs célèbres contemporains, vivant de leur plume, se comptent sur les doigts des deux mains ( je ne parle évidemment pas des Musso, Levy, Pancol et choses du genre. Jul a beaucoup de succès. )

Il n’y aura jamais d’achèvement. Si vous allez au-delà d’un premier roman, si vous êtes fait pour écrire, il y aura une sorte d’exigence appliquée à vous-même, par vous-même, qui vous emmènera plus loin que vous ne pensiez en être capable. C’est ne pas se satisfaire de quelques fulgurances, c’est gratter jusqu’à la moelle et accepter de n’écrire que quelques lignes en un jour, peut-être, mais de bonnes lignes.

C’est un enfer où il fait doux cramer.

Pour être de ces rares élus, il faut se cramer chaque jour, il faut commettre un miracle. Il faut être né écrivain.

Et encore, c’est pas gagné. 

ps: si je me permets d’écrire ces quelques lignes qui peuvent paraître présomptueuses, c’est parce que mon deuxième roman va être publié – quelle chance ! – par une très belle maison, et qu’à l’heure où je mets la main aux dernières corrections, j’écris en parallèle le suivant. Je n’imaginais pas, en écrivant mon premier roman, que je pourrais en écrire un autre et puis d’autres. Je pensais m’être acquittée d’une tâche que peu sont capables d’accomplir. Et c’est vrai. Mais je sais aujourd’hui que l’on n’écrit pas pour être célèbre. On écrit parce qu’on n’a pas le choix. Et un roman chasse l’autre, l’écriture devient le quotidien, la lecture aussi, plus que jamais, pour ne jamais se sentir arrivé. 

7 réflexions sur “Écrire un roman, c’est bien. Mais pas suffisant.

  1. Je ne peux pas être plus d’accord avec toi. Ecrire, c’est la vocation de toute une vie, un éternel retour à la première page sitôt que le mot fin s’écrit sur une dernière. C’est un supplice de Sisyphe qu’on s’impose à soi-même, d’abord avec étonnement (parce qu’au premier roman fini, vraiment fini, on se demande avec stupeur « je l’ai fait ? je l’ai vraiment fait ? »), puis avec plaisir (parce qu’on sait qu’on peut le faire, on a déjà passé ce stade), encore et encore. Personnellement, je ne changerais cette vie pour rien au monde !
    Félicitations pour ton second roman ! Félicitations pour l’édition !

    Aimé par 1 personne

  2. A reblogué ceci sur LE KILOMETRE MANQUANTet a ajouté:
    Cathy Galliègue fait partie de ces gens qui peuvent vous écrire la météo sans se départir de leur classe. Chez Cathy, la classe, elle est inée. Comme l’écriture. Je vous conseille ce très bon article. Et son deuxième roman, à paraître en octobre.

    Aimé par 1 personne

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