Fille du silence

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Que sait-on de la mafia sicilienne ? Pas grand chose.

Des images de films, De Niro, Al Pacino, Brando, des noms qui sonnent comme comme un avertissement : de ces hommes-là, on n’essaie pas de s’approcher, on n’essaie pas de comprendre ce qui, pour nous, n’existe que dans des films.

Avant-propos :
Rina, Rita sont les deux visages d’une même personne. Rina Abadia est le double littéraire de Rita Atria qui repose au cimetière de Partanna, dans la province de Trapani, en Sicile.

Elle était fille et sœur de mafieux, témoin de justice du célèbre juge Paolo Borsellino. Ce récit s’inspire librement de son histoire. J’ai changé les noms des personnes et des lieux et modifié ou écarté des événements mineurs. J’ai bien entendu fait œuvre de romancière en imaginant ce qui pouvait se passer dans la tête de cette petite fille née dans le milieu mafieux et donc imprégnée de ses règles. Mais le fil de ce récit n’entame en rien la marche funèbre de ce qu’a été le destin de Rita. Broyée par le choc et les collusions de deux machines -Cosa Nostra et le pouvoir judiciaire-, esseulée, sans identité, reniée par les siens, et loin de son île, la Sicile, elle s’est donné la mort à Rome le 26 juillet 1992. Elle n’avait pas l’âge de mourir. Elle avait 17 ans.
Ils sont les patriarches, furieusement dangereux mais protecteurs de la famille. Les femmes sont en noir, toujours en deuil de quelqu’un, silencieuses, détentrices de secrets qui ne filtrent jamais par elles.

C’est la mafia sicilienne. Ce n’est pas un film. Rita Atria a existé. Fille et soeur de mafieux, petite fille sur la terre aride embaumée des senteurs de chemins de traverse, aimée de son papa héros, elle se brule les yeux au soleil de la Sicile, elle suit son père sur les sentiers de cailloux, s’y écorche les genoux, elle suit ce père qui règle tous les comptes. Elle est de ceux-là, mais elle ne le sait pas encore.

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Les femmes savent et se taisent. Des femmes en noir, éternellement en deuil.

Les hommes disparaissent. Son père d’abord. On dit d’eux qu’ils sont « bus par le soleil ».

Rita va trahir, rompre le secret. Elle va gravir, à 16 ans, les marches du palais de justice et parler.

Des juges vont avoir le courage de l’accompagner, ils vont croire que cette mafia des films, on peut en venir à bout.

Carole Declercq s’est appuyée sur le journal de Rita Atria, devenue sous sa plume, Rina Abadia. Cette jeune fille, au-delà du courage qui lui a coûté la vie, écrivait. Elle écrivait fort bien.

Partant de ce journal, l’auteure a créé un roman, servi par une plume qui nous embarque dans les effluves d’un coin paumé de Sicile, le village de Rina. On y est corps et âme, on la suit sur les chemins écrasés de lumière, on aime avec elle ce père, celui qui protège de tout mais qui, alors que Rina/Rita n’a que 11 ans, sera bu par le soleil. Son frère adoré, lui aussi, rejoindra le soleil. La violence d’un monde souterrain est là, embaumé de ciel bleu, invisible à l’oeil nu, mais ancré dans des vies de règlements de comptes sans foi ni loi.

À la mort de son frère, la jeune fille brisera l’omerta, trahira la famille, désespérée de voir les hommes qu’elle aime disparaître, elle se dressera contre Cosa Nostra, trouvera l’appui des juges Borsellino et Falcone. Ils la mettront à l’abri, l’ex-filtreront, à 17 ans, en Italie.

On la croit sauvée. On la voit renaître. Mais les juges vont être assassinés et tout espoir pour elle s’évanouira. Elle n’aura pas l’âge de mourir mais sera bue par le soleil, elle aussi.

Ce récit/roman est magistralement servi par un style empreint de la terre dans laquelle il puise l’essence de vérité. Violence et douceur mêlées, écriture parfaitement maitrisée, on y est. Totalement. On entre dans les coulisses de la mafia, on en découvre le décor, les rouages, à travers la vie trop courte d’une jeune fille qui a osé s’attaquer au clan, à un système impitoyable, qui a cru pouvoir y mettre fin. Mais sa propre mère brisera de ses mains sa sépulture, saccagera la mémoire de sa fille plutôt que de s’incliner sur son courage. Trahir la cause est pire que mourir.

Un roman à lire absolument, tant pour l’histoire et la mémoire de cette jeune fille que pour la plume qui lui rend hommage !  

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Rita_Atria

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