Amuse-gueule…extrait de mon deuxième roman, à paraître aux éditions Terra Nova, rentrée littéraire 2016

Extrait de La Chaconne de Bach (titre provisoire), Carole Declercq

J’en reviens à la nuque en question, celle-là même à laquelle mon regard s’est attaché. Parce qu’il aurait pu s’arrêter là. Il aurait dû s’arrêter là et je serais restée sur un chemin qui n’a rien de passionnant mais a le mérite de laisser l’âme au repos car je l’ai débarrassé de ses cailloux, de ses aspérités.
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Le gazon des fous a trouvé son éditeur mais cherche son titre.

danser nue

 

Extrait.  À paraitre chez Albin Michel.

Ailleurs, je pourrais sauter nue sur le rythme étourdissant des tam-tam, je pourrais me peindre le visage, faire des trous dans mon corps, fumer des choses qui vous ouvrent des portes interdites et même parler avec la mort. Je ne serais pas folle.
Je suis ici. Ici, ça ne se fait pas.
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Dolce vita. Mais à ma sauce…

cabriolet

Extrait – Le gazon des fous –

À paraitre chez… ?

 

Les mains appuyées sur la balustrade de pierre, il était là, torse et pieds nus, en jeans, humant l’horizon bleu, certainement perdu dans des souvenirs n’appartenant qu’à lui. Surtout qu’il ne se retourne pas, qu’il reste là, que je continue à le regarder sans m’approcher, résister encore un peu à l’appel de son large. Il savait bien que je ne m’étais pas assoupie sur le grand lit. Il sentait mon regard sur lui, je suis sûre qu’il souriait de se savoir désiré. Allongée sur le flanc, la tête posée sur mon bras, la jupe volontairement relevée à mi-cuisses, je ne bougeais pas, j’étais la femme derrière la silhouette de l’homme dans le vent léger. «  Ô temps ! suspends ton vol… »

Cet après-midi là, le temps nous a retrouvés. Ses grandes ailes blanches déployées au-dessus d’un hôtel de bord de mer, il nous a lancé un clin d’oeil complice et de sa voix sans âge nous a invité à ne pas le laisser filer. Nous avons donc abusé allègrement de son infinie largesse et nous nous sommes vautrés avec délice dans la recherche du temps perdu à en gagner. Je n’ai pas vu le soir tomber, le quotidien avait capitulé. Il y avait le bruit de l’eau sur les rochers, la douceur de l’air, la nuit noire désormais installée et une chambre en bataille sous la lumière douce de quelques lampes tamisées. Chevilles croisées sur la table basse, je faisais l’inventaire, satisfaite, de ce que nous étions encore capables de produire après presque un an de vie commune et quelques passages à vide.

Gaspard chantait faux sous la douche, j’ai commandé du champagne rosé et enfilé un déshabillé noir.

Le lendemain matin, Gaspard m’a dit que nous allions mettre le cap au nord. Je l’ai regardé, l’air un peu inquiet, mais il m’a vite rassurée: le nord de chez eux restait cependant très au sud du nôtre. J’ai attaché mes cheveux en queue de cheval, enfilé des lunettes de soleil, Gaspard a décapoté, et nous avons pris la route. Au creux de mon ventre, grouillaient l’appréhension, l’envie, la joie, et l’amour, beaucoup d’amour, pour lui, mon toujours surprenant Gaspard, pour Louise et Dino, pour l’Italie qui me les avait offert. J’ai calé ma tête en arrière sur l’appui-tête et je me suis perdue dans l’azur, bercée par les senteurs exquises, effluves marins mêlés aux arômes des oliviers argentés.

La route sinueuse longeait la mer alanguie contre les falaises surplombées de maisons très blanches et puis les longues plages étroites de sable blond, le maquis, la guarigue et les pins d’Alep. Ça sentait le thym, le romarin, le pot-au-feu et le soleil, l’écume et le sel. J’ai fermé les yeux et j’ai remercié dans ma tête ceux qui regardaient de haut le paysage, les bienveillantes âmes planantes. Guillaume…

Cachée sous mes verres fumés, j’inclinais un peu la tête et observais le profil de Gaspard. Je remontais un temps dans lequel je n’étais pas, je voyais ses premières vacances en Italie, ses premiers pas hésitants, petits orteils dodus dans le sable fin qui gratte, bob enfoncé sur ses boucles, tee-shirt rayé, yeux froncés sous la lumière vive, nez retroussé, petites perles blanches qui pointent dans un grand sourire. Et puis il a cinq ou six ans. Il saute dans les vagues bleues, il court sur la plage, et accroche la main de sa grand-mère en riant, la fait tournoyer, elle lui dit qu’il a beaucoup de forces, qu’il a failli la faire tomber et Gaspard est très fier. Louise et Dino sont assis sur des nattes de plages, devant leurs yeux éblouis, le passé et l’avenir, la douceur du temps présent. Ils immortalisent sur une pellicule argentique. J’ai passé ma main sur la joue de Gaspard devenu grand, et il a garé la voiture sur un petit parking au dessus d’une crique. Nous sommes sortis de la voiture, il a pris ma taille, a soulevé ses lunettes sur le dessus de sa tête, et dans ses yeux, j’ai vu défiler les souvenirs que je venais de lui construire.

Le gazon des fous – Extrait – À paraitre chez…

cabriolet 4

Extrait – Le gazon des fous –

A paraitre chez… ?

 

 

 

 

C’était donc ça l’Italie. Une grande bouffée d’air chaud sur le tarmac, un ciel bleu qui crève les yeux, mon trench léger, mais trop lourd déjà, les bas qui collent aux jambes, un paysage sec, jaune, aride, planté d’oliviers et d’amandiers, un véritable ailleurs, un grand bol de loin.

Gaspard a loué un cabriolet, je l’ai entendu parler italien au guichet, c’était facile pour lui, c’était exotique pour moi, j’étais fière de son aisance. Nous avons longé la côte. Adriatique à droite, mèches au vent et lunettes noires à gauche, une main sur ma cuisse, un regain d’envie, de vie.

J’ai soulevé les fesses, remonté ma jupe, et pendant que Gaspard faisait semblant de regarder droit devant lui, j’ai détaché les jarretelles, devant, derrière, me contorsionnant, faisant finalement glisser le nylon sur mes jambes. Empoignant ma belle liberté par le col, j’ai glissé mes pieds nus dans mes escarpins et lâché les bas dans l’air chaud du bord de mer en criant « ti amo ! » Une vraie gamine à la découverte du monde ! De son monde.

Il a ri haut et fort, comme le fait un italien quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin, il a pris ma nuque dans sa main, avec l’assurance d’un vrai macho, j’ai ôté mes chaussures et posé mes pieds sur le tableau de bord, comme savent le faire les femmes, avec cette délicatesse exquise de la juste cambrure. Le vent s’engouffrait dans mon trench, en écartait les pans, il matait ma bretelle de soie, découvrait que sous le caraco, flottaient mes seins nus, ils étaient si menus,  ça n’était pas indécent…

J’observais le coin de son oeil, je jouais avec mes doigts de pieds sous le pare-brise, je faisais rouler mes cuisses sur le tempo de musiques inconnues et très ringardes, parfaite petite allumeuse à la bouche en coeur, à la fesse pas farouche.

Je crois que c’est à ce moment que j’ai compris que nous ne passerions pas la première nuit chez ses parents.

 

Comme une petite musique qui glisse sur un roman

Imaginez-vous Rocky sans son famous « eye of the tiger »? Rocky, c’est pas ma came mais n’empêche, si on me dit « Rocky », j’entends la musique. 96637772Donc voilà. Je terminais l’écriture douloureuse de mon roman, je pensais en avoir fini et laisser reposer un peu mon jus de crâne… avant que quelques amis bien disposés à m’agiter encore un peu la pulpe fassent germer une idée FOR-MI-DABLE !! Pourquoi les romans n’auraient pas eux aussi leur BO? Faut dire, je suis bien entourée. Et quand une idée germe, elle a droit aux bons soins de jardiniers de compet’. C’est comme ça qu’une idée farfelue est devenue un concept qui a un nom: RomanSong.   Et c’est comme ça qu’on a essuyé les plâtres avec la BO de La moitié de l’homme en noir. Le roman n’a pas encore trouvé son éditeur, mais il ferait bien de se pointer parce que question package, on ne peut guère faire mieux.

Point G

660

Extrait – Le gazon des fous –

A paraitre chez… ?

 

 

 

 

« Tu n’as rien à envier à Constance. C’est une hypertrophiée de la séduction et toi, une atrophiée des bras, comme s’ils s’étaient rétractés pour ne plus jamais enlacer. Tu devrais les libérer un peu, leur donner de l’air… »
« Sur une paroi lisse, les bras – même bien déployés – ça glisse Gaspard. »

 

Il m’a raccompagnée à ma chambre, il n’a même pas été lourd, c’était presque vexant. J’ai dû insister pour qu’il vienne vider mon mini bar.
Ça m’a pris une nuit pour le percer à jour. On refait toujours l’histoire quand on est bourré. On devient émotif et on a besoin d’une oreille complice, de deux sourcils en face qui souffrent au rythme des confidences, d’une main qui se pose sur le bras et incite à parler encore.

Il n’a fallu qu’une nuit pour que je découvre le vrai Gaspard, fils de deux vieux hippies, utopistes et amoureux de la nature, deux êtres qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Il aurait aimé avoir des parents comme les miens, j’aurais rêvé d’avoir les siens. C’était bien la première fois qu’un mec me séduisait en me parlant de sa famille.
Il avait tiré la bonne pioche. Je ne voulais pas d’amoureux mais je recueillais volontiers les clébards mal barrés.
Je crois que cette nuit-là, il a oublié Constance. Moi, en tout cas, j’étais fille unique.

J’aurais préféré qu’il considère ces quelques heures de rien du tout comme un accident de beuverie. Mais il a posé une main sur ma nuque, m’a embrassé la bouche sans se précipiter, et s’est retourné en quittant ma chambre au petit matin. En croisant dans le miroir deux yeux barbouillés de Rimmel sur un visage chiffonné, une urgence s’est imposée: plonger le tout dans l’eau très chaude. Mon corps flottait dans la grande baignoire, vidé de mon esprit qui avait chopé les courants ascendants des volutes de vapeur et planait vers le lit-champ-de-bataille, revenait se coller au carrelage, glissait entre mes doigts en gouttelettes fraiches, tentait une intrusion dans mon cerveau. Je l’enfonçais sous l’eau.

Le temps ne s’était pas suspendu. Dans une demie heure, je devais être en bas, fraiche et pimpante, rejoindre le groupe pour une nouvelle série de tortures aussi ridicules qu’inutiles. Il fallait prendre une décision.
Deux options: quitter cet hôtel en douce, ne plus jamais retourner au bureau, oublier le passager de ma nuit, courir chez ma voisine récupérer Sparow, me jeter dans mon lit en le serrant dans mes bras, éteindre mon téléphone et dormir toute la journée, bercée par le souffle bienveillant de mon petit chien. Effacer la nuit.

Ou… participer à cette deuxième journée de séminaire, éviter son regard tout en le cherchant, redevenir son assistante, savourer notre secret, être la seule à savoir qui est Gaspard. Détailler son visage en me souvenant, dans un demi-sourire de satisfaction lubrique, que je l’ai tenu dans mes mains, que j’en avais baisé chaque parcelle quelques heures plus tôt.

En enfilant mes collants, le téléphone coincé entre l’oreille et l’épaule, j’ai appelé ma soeur. L’alcool ne devait pas avoir complètement quitté mon corps.
– Hello c’est Math.
– Qu’est-ce qui se passe? Je suis pressée, je dois filer au Palais.
– Rien de grave, t’inquiète pas. J’ai une soirée un peu sophistiquée samedi, tu aurais quelque chose à me prêter?
– Pffff… oui, sans doute, mais pas le temps, là. Rappelle-moi ce soir.
– Ok. Au fait, Gaspard de Marzo, ça te dit quelque chose?
– Très beau spécimen oui, mais très coincé aussi. Ou gay peut-être. D’où tu le connais?
– C’est mon chef. Et il n’est ni gay ni coincé. Je te raconterai…
– …
– À ce soir.

Clic.

Infâme petite peste que j’ai été. Plaisir suprême de l’imaginer « au Palais » agacée par cette demie information, lui pourrir sa plaidoirie avec l’image du beau Gaspard sorti de sa réserve, offrant sa fougue très hétérosexuelle à sa chère soeur.
Pourvu que son client du jour soit un gros salopard qui ne méritait pas mon indulgence ni celle du jury, parce qu’elle allait être un peu diminuée la super avocate !
Je la connais. Comme si elle était moi.
Bien sûr, il n’était pas question que je la rappelle. Ma vie privée ne la regardait pas et je n’avais bien sûr aucune soirée mondaine en perspective.
Je ne me suis pas enfuit vers mon lit carapace et mon chien doudou.
Le menton haut, je me suis installée dans le fond de la salle de réunion et, bloc notes sur les genoux, j’ai entrepris la rédaction de ma lettre de démission, pendant que Gaspard nous expliquait les réjouissances de la journée.

Je gribouillais des G… de toutes les tailles, de toutes les formes sur les bords de ma feuille. Guillaume, Gaspard. Un G ancré comme un point bien planqué, profond, sensible.
G comme Gagner ses éperons (et pourquoi pas celui de son Italie), comme Garder la tête sur les épaules, comme Gagner sa croûte et Grincer des dents, comme Garder pour la bonne bouche et puis, cinglante et imprimée sur la joue, comme la Giroflée à cinq feuilles.

S’ils savaient tous ceux qui étaient là, en rangs d’oignons, buvant les paroles du maitre, que je l’avais siphonné toute la fin de nuit, que j’étais repue de son jus, qu’il n’y avait plus de place dans sa bouche pour les mots, juste des souffles, des grognements, et sa langue, mon Dieu sa langue ! S’ils savaient que ces doigts qui pointent les slides sont si agiles qu’ils se sont immiscés absolument partout, tellement que je n’aurais pas été étonnée qu’ils portent encore le gout du sel doux-amer. Je le regardais gratter délicatement une narine et recevais une décharge dans le ventre, son regard me trouvait, entre deux autres têtes attentives, puis fuyait. J’aurais aimé voir son trouble durcir en public, en être la cause.

Je manquais sérieusement de sommeil. J’ai arraché la feuille.