État d’ivresse.

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Ce roman est celui de l’alcoolisme qui atteint son apogée.

On ne vivra pas la descente, la lente dégringolade qui amène à… on entre directement dans le dur, dans ce qui est là, établi, atroce. La consommation quotidienne, cachée, celle où la gueule de bois n’existe plus mais où les mains tremblent dans l’attente de saisir le verre.

Une femme, journaliste, mère, seule d’avoir créé sa solitude, dialogue avec ses voix, trébuche, boit, s’endort, oublie, ment. Aime son fils infiniment. Le déteste pour son regard sur elle. Le déteste de voir. Ment. S’effondre. Se fout que son mari soit encore en déplacement, ne sait plus compter les jours, ne sait plus quel jour on est. Part en robe de chambre au supermarché, boit, gueule sur les gens, oublie. Ne comprend pas ce monde qui la jauge, la juge et lui en veut.

Lui en vouloir de quoi ? Elle n’a rien fait.

État d’ivresse brosse le portrait d’une femme brisée qui, en s’abîmant dans l’alcool, se fait violence à elle-même. La mère d’un adolescent, en état d’ivresse du matin au soir, se trouve en permanence en errance et dans un décalage absolu avec la réalité qui l’entoure. Épouse d’un homme absent, incapable d’admettre sa déchéance et plus encore de se confronter au monde réel, elle s’enferme dans sa bulle qui pourtant menace de lui éclater au nez.

Dans ce roman, on entre par ce qui est déjà immuable. Le poison est là, depuis longtemps déjà, et l’enfant a eu le temps d’avoir peur de la mère qui l’aime mais lui offre jour après jour, le spectacle de la femme décomposée, violente, injuste, pilotée par son démon. Elle l’aime infiniment, son Tristan, son gaillard de dix-sept ans qui fait les courses parce que maman ne peut plus, elle n’a plus le permis. Parce qu’elle passe ses journées enfermée, avec les bouteilles devant la télévision et que son esprit est habité par la voix, moqueuse, hilare, parfois encourageante, toujours avec le dernier mot, cette voix. La voix devient sa seule compagne. Elle dicte et assène. Elle est sans pitié.

Tristan est un sale petit con ingrat. Il ne sait donc pas tout l’amour qu’elle a pour lui. Ses grands bras, de sa grande carrasse ne pourraient-ils pas se refermer sur elle, l’envelopper, la chérir ? Non. Ils ne peuvent plus. Parce que la mère est une ivrogne, qu’elle pue et traîne en robe de chambre, qu’elle boit et ment. Qu’elle boit et oublie tout.

 Il ne me reste plus qu’à prendre mon élan, qu’à courir pour sortir de cette maison et ne plus jamais y revenir. Mais quelque chose m’en empêche, et cette chose se trouve là, à mes pieds : mon verre tulipe.

Alors elle insulte, frappe, se débat, dégueule des horreurs sur son fils chéri. Mais elle oublie. Lui se souvient.

Huis clos étouffant dans un monde qu’on voudrait ne pas connaitre. Constat d’une maladie vécue par les proches comme un vice, profonde tendresse pour le garçon, beaucoup moins pour la mère.

Et pourtant on se dit, comme devant les informations tragiques à la télévision : quelle misère ! Qu’est-ce que je pourrais bien faire ? C’est fait pour.

Pour dire que cette maladie ne trouve pas grâce aux yeux des proches qui la subissent. Qu’elle n’appartient à aucune classe sociale, qu’elle ravage tout. On entre dans la tête de l’alcoolique, on y côtoie son monde intérieur, sa solitude, son désespoir. Et personne n’a envie de vivre cela. Personne. À moins d’y être déjà et d’y trouver comme un écho.

Ce court roman est une magistrale claque.

Comme dans ses deux précédents romans, on trouve sous la plume de Denis Michelis les thèmes de l’enfermement et de la violence conjugués à l’impossibilité d’échapper à son destin.

État d’ivresse. Denis Michelis. Editions Noir sur Blanc

 

Fille du silence

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Que sait-on de la mafia sicilienne ? Pas grand chose.

Des images de films, De Niro, Al Pacino, Brando, des noms qui sonnent comme comme un avertissement : de ces hommes-là, on n’essaie pas de s’approcher, on n’essaie pas de comprendre ce qui, pour nous, n’existe que dans des films.

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Dos au mur

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Quoi de neuf chez Nicolas Rey ? 

Cocaïnomane, alcoolique, talentueux, on le savait. Ce que dévoile ce bouquin, c’est lui, l’homme en coulisses. Un homme qui se place lui-même en garde-à-vue et passe aux aveux. D’abord pour son père. Un père qu’il tète, un père nourricier, souvent méprisé mais qui là, mérite un merci.
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La Tresse de Laetitia Colombani – Editions Grasset

Depuis sa sortie en mai 2017, j’ai entendu souvent revenir le titre de ce roman et comme il m’arrive parfois de me méfier des engouements littéraires, je l’ai laissé être distancé par d’autres lectures qui me tenaient plus à cœur.

Mais finalement, c’est ce titre même qui m’a intriguée et poussée à plonger dans une histoire aussi banale qu’incroyable, le récit du destin de trois femmes unies à leur insu, avec pour seul point commun un magnifique courage, celui de femmes qui refusent d’être objet, victime ou faire-valoir.  Lire la suite

Les petits poissons.

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Comment être insoumise quand rien ne nous arrête, rien ne s’oppose ?

Il lui aurait fallu une poigne, à Virginie, un mur à démonter ou à franchir. Une poigne paternelle, disons-le. Mais elle n’a eu qu’un couloir à traverser, un portail à ouvrir et croire que la liberté se trouvait là, au delà de sa vie d’enfant de bourgeois.

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