Naija. Thierry Berlanda

Naija 2

Par Cathy Galliègue & Brigitte Ponthieu

Il y a ces livres que l’on referme, ému, touché par le style, par l’histoire savamment balancée, par cette chose indéfinissable qui fouette le lecteur…

Ils sont rares, ces livres-là.

Plus rares encore, ceux qui combinent les qualité précitées mais qui en plus forcent la réflexion, ne vous laissent pas en paix : comment l’auteur a-t-il « fait ça » ?
C’est exactement ce que nous a infligé Thierry Berlanda avec son dernier né, Naija.
Et nous ne comptons plus les heures à débriefer, à émettre des hypothèses, à disséquer chaque détail, parce que chaque détail compte dans ce thriller, cette fiction scientifique si proche des frontières du réel qu’elle glace le sang jusqu’aux os.

Lire la suite

Je suis un tueur humaniste de David Zaoui

je-suis-un-tueur-humaniste-couverture.png

par Carole Declercq

Babinsky, en quelques mots, c’est le gendre idéal mâtiné d’un soupçon de fée du logis. Plutôt beau garçon. Sérieux, ponctuel. Appart impeccable. Fin cuisinier. Il emmène même sa copine en vacances en Toscane et se lève aux aurores pour lui concocter de bons petits plats. C’est dire si on  en veut un comme ça! Son métier n’est même pas le défaut de la cuirasse car il est tueur à gages humaniste. Ne cherchez pas, il n’y a pas de formation initiale au CNED. Tout est question de feeling: son empathie naturelle pour le genre humain le prédispose à considérer sa future victime -le plus souvent, une parfaite ordure- dans sa globalité d’être pensant et désirant et il ne peut lui donner l’absolution finale qu’après l’avoir rendue complètement heureuse en exauçant son dernier vœu. Il suit donc son petit bonhomme de chemin au fil des contrats, Babinsky, jusqu’au jour où il tombe sur un os et se prend les pieds dans le tapis de l’amitié, la vraie, celle qui remet en cause l’essence même de ce qu’est son boulot…

Je suis un tueur humaniste est construit sur un paradoxe jubilatoire et l’écriture pince sans rire de David Zaoui participe de ce paradoxe car comment raconter autrement que par l’humour discrètement instillé les aventures inénarrables d’un « buteur » professionnel qui se rend compte petit à petit que le don de viser juste et loin sans faillir s’est doublé du don d’aimer vraiment son prochain? Lisez ce drôle d’ovni décalé qui navigue entre malice, légèreté et gravité. C’est une sorte de chemin de vie. Vous ne le regretterez pas et c’est une prescription de la Toile cirée. Donc, ne vous gênez pas!

Je suis un tueur humaniste, de David Zaoui, éditions Paul & Mike, 2016, 16 euros.

 

 

Les naufragés de la salle d’attente de Tom Noti

1507-1

par Carole Declercq

Ce sont des gens dont on croise le regard une fraction de seconde, et cela ne va guère plus loin. Ces gens, ce sont les inconnus des salles d’attente. Sur l’espace d’une vie, on en croisera cent ou mille et ils resteront à jamais réduits à la couleur d’un regard, au choix d’un magazine et au son d’une voix. Mais à Grenoble, un jour, la Fortune fixe un clou à sa roue: un tramway déraille. Catastrophe. Le quartier est plongé dans le noir. Panne d’électricité généralisée…Et chez Monsieur Vignier, psy de son état, c’est la panique. Lui, on ne sait pas où il est passé. En revanche, François, Gabriela et Hervé sont bien conscients qu’ils sont bloqués pour un paquet d’heures dans son cabinet. Plus question de se laisser réduire à un regard ou à une voix. Il faut gérer l’urgence.

Tom Noti aurait pu s’engouffrer dans la facilité en développant le burlesque de la situation. Il ne l’a pas fait même si certains moments sont franchement hilarants. Au fur et à mesure qu’ils se parlent, s’écoutent, se heurtent, se sourient, cherchent des solutions, ses trois héros montrent une épaisseur psychologique qui leur confère beaucoup d’humanité. Jusque dans leurs petites faiblesses, ils sont attachants. Au détour d’une conversation, l’Histoire, dans ce qu’elle a de plus sombre, les rattrape et l’émotion surgit, légère, subtile. Ces trois-là reprendront le cours de leur existence, plus neufs, plus sereins et nettoyés de leurs interrogations. Ce que Monsieur Vignier n’aura pas réussi, une panne de courant l’aura fait.

  Les naufragés de la salle d’attente est un roman faussement léger. Quand il nous fait sourire, c’est pour mieux anticiper et aborder l’instant de gravité qui va suivre. Une jolie découverte des éditions Paul & Mike.

 

Les naufragés de la salle d’attente, de Tom Noti, éditions Paul & Mike, 2016, 16,00 euros.

La trilogie d’Elena Ferrante

9563fec4728708958734c789d5615a3e

Ça y est! J’ai mis mon nez dans la trilogie d’Elena Ferrante… Premier reniflage vaguement curieux, intéressé certainement. Tout dans l’Italie me plaît. Et j’ai reçu un plein paquet d’images. La claque magistrale qu’augure chaque visionnage d’un De Sica ou d’un Rossellini, voire d’un Comencini pour l’âpreté. C’est une fresque, une vraie, comme nous n’en avions pas eu depuis longtemps. J’ai beaucoup d’admiration, en tant qu’auteur, pour ce genre de travail d’orfèvre qui nous ramène au temps des feuilletons dans les journaux du XIXème siècle où la concision n’avait pas le droit de cité. Et c’est tant mieux! Vive les détails, vive le déballage, vive la véracité qui n’est possible que dans l’énumération et l’accessoire qui font tranches de vie. A bas les effets et les coups de manchette.

Lire la suite

Personne n’a oublié

personne

Sam a huit ans, il vient de mourir. Sam était la prunelle des yeux de sa mère, Colette. Il était aussi son coeur, sa chair, sa vie. Elle ne tenait debout que par lui, à travers lui, les bras et tout son être de mère, aussi entière que morcelée par sa vie de misère, tendus vers son petit garçon.

Lire la suite